Interview d’un éleveur passionné de Colibris

Oiseaux du Monde n°386 – Avril 2021
Par Pierre Channoy
Robert Pérez dans sa luxuriante volière plantée [© Pierre Channoy]

Nous sommes aujourd’hui avec Monsieur Robert PEREZ qui est de Marseille, à Allauch exactement, éleveur spécialisé en colibris.

Les Oiseaux Du Monde : bonjour Monsieur Pérez, depuis combien de temps êtes-vous dans les oiseaux ?

Robert Pérez : depuis mon enfance, minimum une trentaine d’années !

O.D.M. : comment vous est arrivé cette passion pour les colibris ?

R. P. : j’ai toujours été attiré par cet oiseau, à cause de son vol, de ses couleurs. Au cours d’une bourse, j’ai rencontré une personne qui venait de Hollande et élevait des colibris. Je suis entré en relation avec elle et nous sommes toujours restés en contact ensuite. A présent, cet éleveur est décédé et j’ai poursuivi l’élevage ; mais il existe d’autres éleveurs de colibris, en Belgique, en Allemagne, en Italie et un seul en Autriche.

O.D.M. : quelles sont les principales espèces élevées en Europe ?

Colibri madère femelle (Eulampis jugularis) [© Pierre Channoy – El. Robert Pérez]

R. P. : le Colibri rubis-topaze (Chrysolampis mosquitus), l’Ariane de Lesson (Amazilia amazilia), l’Ariane de Linné (Amazilia fimbriata), le Colibri huppé (Orthorhyncus cristatus), le Colibri falle-vert (Eulampis holosericeus), le Colibri madère (Eulampis jugularis), le Colibri jacobin (Florisuga mellivora) et le Colibri à tête noire (Trochilus polytmus).

O.D.M. : et quelles espèces possédez-vous-actuellement ?

R. P. : j’élève actuellement quatre espèces de colibris : le Colibri huppé, le Colibri madère, le Colibri jacobin et le Colibri falle-vert.

O.D.M. : le plus petit que vous ayez actuellement ?

R. P. : c’est le « petit huppé » qui pèse environ 3,5 g.

O.D.M. : ce sont des oiseaux plus difficiles à faire reproduire ?

R. P. : oui, ce sont les plus difficiles. C’est déjà un exploit de le garder en vie, il lui faut le nectar approprié, la température et la nourriture vivante sous forme de moucherons, conditions indispensables à sa survie. Les moucherons nécessitent une température entre 20 et 24°C, qu’il faut obtenir même l’hiver. L’hiver, je suis obligé de rentrer certains oiseaux qui ne supportent pas le froid. Dans le passé, j’ai eu des oiseaux de régions montagneuses d’Amérique du Sud qui supportaient nos températures hivernales. Désormais je n’ai plus que des oiseaux de régions tropicales aux températures assez élevées, donc il me faut les rentrer dans un local chauffé et la production de moucherons, indispensables à l’élevage, est très difficile.

Colibri madère mâle (Eulampis jugularis) [© Pierre Channoy – El. Robert Pérez]

O.D.M. : j’ai remarqué une particularité : on ne peut pas mettre deux oiseaux dans la même volière ?

R. P. : c’est en effet impossible car ils sont très agressifs et cela se termine par la mort de l’un d’entre eux. Seule la période de la reproduction permet la cohabitation. Quand la femelle est prête et a fait son nid, je crée un passage pour permettre au mâle d’accéder. Après une poursuite où les plumes volent, la femelle est fatiguée et le mâle peut alors la cocher. Je le retire ensuite.

O.D.M. : ce qui veut dire que la femelle élève seule ?

R. P. : en effet, la femelle fait le nid, pond et élève toute seule ; le mâle ne vient que pour la cocher.

O.D.M. : vous pouvez alors avoir plusieurs femelles pour un mâle ?

R. P. : c’est cela, mais dans les naissances, le quota de mâles est plus élevé.

O.D.M. : j’ai vu que la volière était très arborée, beaucoup de plantes et de fleurs. Pourquoi et comment choisissez-vous ces végétaux ?

R. P. : au cours de mes voyages je me suis procuré certaines plantes, mais il est impossible de nourrir les colibris uniquement avec des fleurs. La littérature nous dit qu’un colibri a besoin de 5000 fleurs par jour. J’ai beaucoup de plantes fleuries diverses car chaque plante donne du nectar pendant certaines périodes, la production n’est pas continue. Certaines donnent du nectar le matin, d’autres le soir. J’ai beaucoup de sources de nectar, mais le principal provient du nectar que l’on fabrique ou que l’on achète.

O.D.M. : ces plantes ne sont utiles que pour la nourriture ou l’oiseau nécessite-t-il un environnement le plus naturel possible pour se reproduire ?

R. P. : c’est essentiellement pour la nourriture mais ils apprécient la végétation pour nicher. Certaines espèces choisissent les racines pendantes, ou les grosses feuilles, etc.

O.D.M. : l’hiver vous les rentrez, j’ai remarqué que les volières intérieures étaient aussi plantées.

R. P. : en effet, les plantes permettent une meilleure oxygénation de la pièce.

O.D.M. : vous est-il arrivé une expérience extraordinaire dans la reproduction des colibris ?

R. P. : oui, à plusieurs reprises. La pièce profite d’un éclairage artificiel, j’ai eu des pannes d’électricité laissant la pièce dans le noir, sans chauffage alors qu’il y avait des œufs dans les nids, certains ont éclos par la suite mais un seul, le colibri ne pondant que deux œufs. J’ai également eu des œufs noyés, qui flottaient et qui ont éclos malgré tout. On découvre le nid au dernier moment, j’ai introduit un mâle durant 24 heures, le lendemain un œuf fécondé était pondu…

Guit-guit céruléen mâle (Cyanerpes caeruleus) [© Pierre Channoy – El. Robert Pérez]

O.D.M. : la reproduction a donc lieu en hiver, malgré notre climat ?

R. P. : j’ai eu souvent des oiseaux qui couvaient avec une température de 2 à 3°C, les œufs étaient souvent clairs par manque de moucherons.

O.D.M. : ce n’est donc pas la température qui motive le colibri ? Elle est nécessaire pour la ponte ou plus pour la production de moucherons ?

R. P. : quand il fait froid, les nids sont plus garnis, plus isolants, la femelle est plus fatiguée, les œufs éclosent mais la suite est conditionnée par l’apport de nourriture qui, si elle est insuffisante, provoque la mort des jeunes.


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O.D.M. : parlez-nous des nids des colibris.

R. P. : à l’état sauvage, ils font leur nid avec beaucoup de toiles d’araignée, les nids sont petits, garnis de poils. Le tour est fait de toiles d’araignées, qui sont extensibles, le nid s’agrandit au fur et à mesure de la croissance des jeunes. En captivité, ils n’ont plus cet instinct de construction. Je mets à leur disposition une ébauche faite de coton, mélangé avec du poil de chien. Ils achèvent la construction et la fignolent.

O.D.M. : où construisent-ils les nids ?

R. P. : n’importe quel support fait l’affaire : une boîte, une éponge, etc. Ils ne sont pas exigeants mais les nids sont toujours très bien achevés, décorés avec des éléments du biotope dont ils disposent, toujours très colorés et très voyants indiquant leur nid aux prédateurs dans la nature.

Colibri huppé femelle au nid (Orthorhyncus cristatus) [© Pierre Channoy – El. Robert Pérez]

O.D.M. : pensez-vous que cet élevage est accessible à un éleveur débutant ou faut-il être expérimenté ? À partir de quel stade peut-on se lancer dans cet élevage ?

R. P. : quand j’ai commencé, il n’existait aucun moyen d’acquérir des connaissances sur cette espèce. C’est très difficile, il faut des années, ma première reproduction je l’ai obtenue après 10 ans de tentatives. J’ai eu ensuite un contact avec un hollandais qui m’a guidé. C’est très difficile pour un débutant s’il n’a personne pour le conseiller.

O.D.M. : devrait-on inciter les éleveurs à élever d’autres insectivores plus courants, pour commencer ?

R. P. : ce serait déjà un atout certain. Passer par leur élevage serait une bonne étape. À noter que beaucoup d’oiseaux sont nectarivores : certains becs crochus ou droits.

O.D.M. : jusqu’à présent les colibris étaient en Annexe II B, ils n’avaient donc pas besoin d’être identifiés. Aujourd’hui avec la nouvelle réglementation vous devez les identifier. N’y-a-t-il pas un problème pour le baguage ?

R. P. : c’est un gros problème car en France aucun fabricant ne peut nous fournir, je fais donc mes bagues moi-même mais je n’en ai encore pas posé car très difficile, vu la taille des pattes.

Colibri jacobin femelle (Florisuga mellivora) [© Pierre Channoy – El. Robert Pérez]

O.D.M. : comment font les autres pays ?

R. P. : j’ai contacté l’Allemagne, les Pays Bas, la Belgique qui n’ont pas l’obligation de baguer les colibris ; en Autriche également.

O.D.M. : participez-vous à des programmes avec des parcs zoologiques par exemple ?

R. P. : oui, je reçois beaucoup de demandes des parcs pour des oiseaux ou des conseils. Je donne volontiers des conseils mais les relations avec eux sont éphémères et la difficulté de se procurer des oiseaux est importante.

O.D.M. : merci pour cet interview, que diriez-vous en conclusion ?

R. P. : mon souhait est que beaucoup de jeunes éleveurs s’intéressent à ces oiseaux et entreprennent leur élevage. Je souhaite également que la possibilité d’avoir des oiseaux provenant des DOM TOM nous soit accordée.


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1 Commentaire

    • NIGGEL sur 13 septembre 2021 à 18 h 56 min
    • Répondre

    Bonjour,

    Par quel moyen pouvons-nous contacter Robert Pérez ? Je serais intéressé par l’élevage des colibris.

    Merci d’avance,

    Maxime.

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