Édito par Thomas Martin

Oiseaux du Monde n°386 – Avril 2021
Thomas Martin

Cela fait maintenant quelques semaines que mon ami Pierre Channoy m’a contacté pour écrire l’édito d’un numéro de notre revue. J’ai été surpris de cette demande car je ne suis pas du tout puriste en aviculture de sélection. Ma façon d’élever (uniquement des « exotiques » et Euphèmes en volières communautaires) n’est pas si conventionnelle.

Je mets en place deux périodes tranchées. Une saison sèche l’hiver (novembre-avril) en local avec mâles et femelles séparés, baignoire une fois par quinzaine, de l’eau et des graines. Une saison hu mide et chaude (mai à octobre) pour la repro en volières extérieures plantées. Là je mets les baignoires à volonté, graminées mi mûres, insectes… Durant cette période, 99 % de l’élevage est sans Moineaux du Japon laissant les parents à leurs erreurs et aux aléas climatiques. Idem pour la sélection où je ne me préoccupe pas des standards mais sélectionne les oiseaux qui me plaisent même si souvent cela se recoupe. La course aux oiseaux les plus structurés, les plus ronds avec petit bec ne m’attire pas du tout mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Malgré tout et avec grand plaisir, je décide de saisir la balle au bond et accepte l’invitation de l’UOF.

Pour faire un parallèle avec un précédent édito du Dr Pierre Chappe, au moment où j’écris ces lignes, je suis en pleine préparation de mes volières extérieures dans lesquelles pourront s’épanouir voire se reproduire mes oiseaux s’ils le souhaitent. Je suis plus un observateur des oiseaux et de leurs comportements qu’un éleveur/naisseur dixit notre administration de tutelle. Mon but premier est de les observer, de les voir évoluer dans la végétation, construire leur propre nid, parader en volant… La reproduction n’est qu’un bonus même si bien souvent avec les bonnes conditions elle est au rendez-vous. Au grand désespoir de ma compagne et de mes enfants, souvent je m’oublie dans les volières, caché dans un recoin du sas à observer des heures durant.

Mon parcours dans le monde ornitho est assez simple. Passionné d’oiseaux depuis mon enfance même si personne dans ma famille n’est éleveur ou naturaliste, je me dirige dans cette double voie.

L’aventure commence en 2000 avec deux Diamants mandarins. puis arrivent des Calopsittes, Touis catherines, Perruches splendides… J’ai eu une période pour l’élevage des Euplectes et en 2008, alors que j’ai quitté le domicile familial depuis un an, la décision est prise d’arrêter les oiseaux. Deux ans plus tard, j’ai l’opportunité de reprendre l’élevage dans une pièce de mon appartement avec une volière de 3 m et quelques batteries. En parallèle je noue une amitié sans faille avec un collègue éleveur chez qui nous montons une volière plantée de 14 m. Avec ces deux installations, c’est parti pour de nouveaux challenges : Astrilds à joues orange, Astrilds queue-de-vinaigre, Bengalis zébrés, Cordonbleus à joues rouges mais aussi la palette des Diamants australiens et océaniens. Nous engrangeons énormément de connaissances avec les réussites mais aussi les échecs. La vie continue et en 2014 l’aventure s’arrête de nouveau. Après de multiples péripéties professionnelles qui me font intégrer le ministère de l’écologie où je m’occupe des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement et personnelles avec la naissance de deux crapules, ce ne sera qu’en 2018 que je me réinstalle pour de vrai, proche de Nantes et que je relance mon élevage. Je ferai un article pour une prochaine revue sur mes oiseaux et mes installations.


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dans la revue Les Oiseaux du Monde n°386 – Avril 2021

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Si j’ai accepté cet édito c’est aussi pour à mon tour alerter sur les évolutions actuelles de notre paysage législatif.

Dans une période ou l’arrêté de 2018 sur la détention des animaux non domestiques est en cours de révisions (très mineures pour nous éleveurs) et que pour la première fois une association animaliste fait intégrer des amendements dans un projet de loi via un député (loi dite « bien-être animal » où ni l’élevage industriel, ni la chasse, ni la corrida ne sont ne serait-ce qu’abordés), il est temps pour nous de réagir. Seulement ces textes qui régissent directement notre passion ne sont pas les seuls à évoluer et existent pour certains depuis un moment sans attirer notre attention. Quelques exemples : je ne peux que vous alerter sur le code de l’urbanisme qui depuis 2012 a comme référence l’emprise au sol ( = la surface que l’on peut dessiner sur le sol depuis une photo aérienne) et ne s’occupe plus du avec ou sans fondation, démontable, plus ou moins temporaire… Bien sûr si la volière n’est pas couverte et que le toit est en filet ou en grillage et que le sol n’est pas imperméabilisé, cette surface ne compte pas. Ce changement implique que depuis 2012, pour faire une volière de plus de 5 m² il faut déposer en mairie une Déclaration Préalable de travaux (permis simplifié) et si plus de 20 m² un permis de construire. Ce dépôt donne lieu à une instruction et vont être étudiées les conformités de votre projet avec le Plan Local d’Urbanisme de votre commune, le Règlement Sanitaire Départemental, le règlement de votre lotissement… Je précise que l’idée de faire x volières de 4,50 m² indépendantes et espacées n’est pas recevable car c’est le cumul des projets de même nature sur une même unité foncière qui compte. Outre le paramètre dossier administratif, ce changement a des répercussions fiscales car tout projet clos et couvert vous rend redevable de la taxe d’aménagement et tout projet ayant des fondations rend redevable de la taxe archéologique. Cerise sur le gâteau, dans une majorité de communes, cette construction annexe fera grimper votre taxe foncière. Faire une volière depuis 2012 et d’autant plus en 2021 est donc très complexe et bien souvent très limité.

Pour poursuivre cette analyse, je rappellerais juste que l’arrêté du 8 octobre 2018 en son article 12 dit que si un éleveur produit régulièrement des oiseaux destinés à la vente, sans précision du « régulièrement », de quantité ou de financier, ce dernier doit être capacitaire et avoir une Autorisation d’Ouverture d’Établissement. Aujourd’hui cette disposition n’est pas appliquée, oui mais demain ? Il sera alors peut-être possible de se défendre en expliquant que le but n’est pas la vente mais de faire progresser son élevage pour avoir de meilleurs résultats en concours et que l’on fait majoritairement des échanges. Au juge de trancher car le non respect d’une disposition de l’arrêté est une infraction de classe V donc dont le montant est défini par un juge selon la situation.

Je parlais de réagir. Comment ?

L’idée d’une charte a été lancée pour faire s’engager les éleveurs sur des valeurs et être notre « garantie » devant les politiques. Et pourquoi pas ? C’est un travail colossal de l’établir car elle devra engager les petits éleveurs comme les plus grands. Il faudra donc échanger, s’accorder et ratifier une charte nationale regroupant les différentes fédérations ornithophiles. Toutes les thématiques devront être débattues et y être, rien ne devra être caché sous le tapis pour être crédibles : le bien-être de nos oiseaux (volumes, hygiène, EAM systématique, …), la conformité à toutes les législations de notre pays (cf. paragraphes précédents). Impossible ? Éthique (des annonces sur nos supports avec toutes les mentions légales, une attribution de numéros de souche aux seuls éleveurs qui élèvent et en sont en capacité malgré des traditions bien ancrées, …). Et ne pas oublier une rubrique pour les sanctions. Que faire en cas de non respect de la charte ? Exclusion des fédés ? Plus de possibilité d’avoir des bagues ? Mais pouvons-nous être juges ? Cela ne va-t-il pas pousser à baguer « étranger » et mettre l’éleveur en infraction vis à vis de l’AM 2018 pour les non domestiques ? Beaucoup de questions restent et si cette direction est prise, il faudra travailler pour y arriver.

Aujourd’hui il faut asseoir notre crédibilité dans un monde où de plus en plus sont déconnectés de la nature et du lien avec les animaux. Les associations animalistes sont maintenant structurées et épaulées par un parti officiel qui compte plus de 2000 adhérents, qui présente des candidats à chaque élection nationale et européenne et qui manie parfaitement la communication. Ils font feu de tout bois et multiplient les avancées, chaque centimètre est bon à gagner. Pêche au vif interdite à Paris et Grenoble, Marché aux oiseaux fermé à Paris en moins de six mois de revendications. En février au conseil municipal de Strasbourg on demandait de ne plus parler de nuisibles pour les rats et punaises de lits qui envahissent certains quartiers mais d’apprendre à vivre avec… Que faire donc ? Les entretiens que beaucoup ont eu avec leur député ou leur sénateur nous ont montré une chose : nos politiques ne connaissent rien à notre hobby ni aux règles déjà existantes. Dans ce contexte, la meilleure arme que nous ayons est la communication. Mais pas la com par un éleveur de-ci de-là qui aura toujours un retour de bâton s’il n’est pas dans tous les clous cités plus haut, la com des institutions. Celle des clubs, des fédérations et des groupements de fédérations envers les maires, les conseillers départementaux et régionaux, les députés et les sénateurs. Il faut leur présenter notre passion, les volières où évoluent nos oiseaux… par des lettres, des reportages, l’envoi d’une ou plus de nos revues, les inviter à chacun de nos événements… Et aussi, ne l’oublions pas, la communication auprès du citoyen lambda. Il faut en finir avec nos bourses en enchevêtrement de cages de bric et de broc propres ou pas du tout propres en durcissant nos règles et intégrer à chaque événement des volières paysagères avec des supports pédagogiques. Invitez les élus, les députés, sénateurs, les écoles, les instituts du handicap… sur chaque événement et ne surtout pas se fermer en acceptant l’entrée uniquement aux éleveurs, exposants et acheteurs comme je l’entends. Sans ça nous suivrons les cirques avec des manifestations devant nos événements, une ambiance nauséabonde et quoi ensuite ? Nos volières ouvertes ?

Voilà ce qui sera ma conclusion, mon souhait que les institutions communiquent à foison et que nous adhérions tous à cette vision qui sera garante de l’avenir de notre passion.

Astrilds à joues oranges [© Thomas Martin]

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