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Vous avez dit « albinos » ?

Lionel DUROCHAT

Oiseaux du Monde n°339 – Août-Septembre 2016

L’albinisme. Voilà un sujet récurrent que l’on retrouve régulièrement pendant les réunions mensuelles des clubs, lors des expositions ou sur Internet ! Sur le Web, on trouve d’ailleurs quantité de photos de spécimens soit disant albinos… Soit disant car les erreurs sont multiples…

Voici donc un topo sur le sujet…

Albinisme et leucisme

Albino ? le canari blanc aux yeux rouges ?
[© Guy Doumergue – El. Christian Walenciak – Les Herbiers 2014]

Un être albinos est défini par l’absence totale de mélanine non seulement au niveau cutané (peau et plumes) mais aussi au niveau du bec et des pattes et surtout des yeux (qui apparaissent alors comme rouges à cause des capillaires sanguins de la rétine).

Par opposition, le leucistisme (ou leucisme), lui, touche tous les pigments (et pas seulement la mélanine), d’où des zones du corps plus ou moins étendues entièrement blanches
(cf. Wikipédia, Merle Blanc), mais sans les yeux rouges. Les parties blanches ne contiennent aucune cellule pigmentaire alors que dans l’albinisme, les cellules pigmentaires sont présentes, la pigmentation anormale étant due à des protéines manquantes ou déficientes sur la chaîne de fabrication de la mélanine qui en empêche la synthèse. Le leucisme peut aussi se présenter sous la forme d’une pâleur généralisée des couleurs d’origine à cause d’une diminution de la pigmentation. Sous cette forme, un leucisme très marqué pour conduire à un oiseau blanc, mais il garde les yeux de leur couleur d’origine (et non rouges comme pour l’albinisme).

Le terme de schizochroïsme (ou schizochromie) correspond à une aberration de couleur liée à l’absence de l’une des deux mélanines (eumélanine ou phéomélanine). Deux formes peuvent donc être distinguées : le phaéo, où l’eumélanine a disparu et le gris, où c’est la phéomélanine qui est absente.

Albinisme in situ et sélection naturelle

Dans la nature les spécimens albinos sont rares, étant susceptibles d’être des proies privilégiées des prédateurs. C’est la raison principale qui explique qu’ils ne soient presque jamais rencontrés dans la nature.

  • Leur rareté naturelle peut avoir plusieurs autres explications en plus de la prédation accrue :
  • Dans certaines situations, cette mutation pourrait être létale et provoquer la mort de l’embryon avant l’éclosion.
  • L’allèle responsable de l’albinisme est récessif par rapport à l’allèle « normal ». Ainsi, un oiseau ne peut présenter un phénotype albinos que lorsqu’il est homozygote pour ce gène.
  • Les spécimens albinos présentent des déficits visuels (pas seulement à cause de l’absence de mélanine, mais aussi à cause d’un déficit en cellules rétiniennes photosensibles) et auditifs.
  • Selon certains auteurs, les individus albinos auraient davantage de difficultés à trouver un partenaire et se reproduiraient moins que leurs semblables pigmentés.

Dans la nature, il semblerait que certaines familles d’oiseaux soient plus concernées par l’albinisme que d’autres, comme les anatidés. De même, les passereaux sont davantage touchés par le leucisme. Par contre, les rapaces sont rarement concernés par ces deux aberrations du plumage.

La mélanogénèse

Enfin, attention aux confusions ! Un supposé Merle noir leucistique pourrait en réalité s’avérer être un Merle à plastron !!

Un oiseau albinos est-il forcément blanc ?

On sait que l’albinisme se définit par l’absence de mélanine, ainsi tout oiseau dont le seul pigment est la mélanine sera donc entièrement blanc aux yeux rouges. C’est le cas pour un
Moineau domestique, pour un Grand corbeau, pour un Capucin bec d’argent, pour un
Kookaburra, pour un Moineau du Japon, etc.

La mutation albino touche toutes les espèces, y compris celles qu’on a peu l’occasion d’observer en France telle que ce Kookaburra ou Martin chasseur géant.
[© Pierre Channoy]

Par contre, d’autres oiseaux auront effectivement un plumage entièrement blanc mais d’autres zones du corps resteront colorées : c’est le cas du Merle noir ou du Diamant mandarin dont les spécimens albinos sont entièrement blancs avec, en dehors du plumage, des zones qui restent colorées (bec, cercle oculaire, pattes). Pour tous ces oiseaux, les zones concernées restent jaune orangé grâce à la présence des caroténoïdes.

Enfin, les oiseaux qui possèdent un second pigment au niveau de leurs plumes ne seront pas entièrement blancs puisque seule la mélanine disparaîtra alors que l’autre pigment persistera :

  1. Première situation : certaines zones du plumage sont colorées par un pigment autre que la mélanine. c’est par exemple le cas avec les caroténoïdes chez certains passereaux : ainsi le Cardinal rouge albinos apparaît blanc avec des zones rouge rose. De même le Chardonneret élégant albinos est blanc avec deux zones colorées qui persistent : les bandes alaires jaunes et le masque rouge. Même chose pour l’Amadine cou-coupé dont les spécimens mâles albinos sont entièrement blancs avec le collier rouge persistant.
  2. Seconde situation : l’ensemble du plumage est coloré par plusieurs pigments dont la mélanine. On trouve deux pigments : la mélanine responsable des zones noires, brunes, et bleues (par diffraction de la lumière sur certaines plumes contenant de la mélanine) et la psittacine (pour les couleurs allant du jaune au rouge). C’est dans ce cas que les éleveurs ont introduit la notion d’oiseaux « inos » qui désigne l’absence de mélanine chez ce type d’oiseaux.

    Ainsi :
    • Pour un oiseau jaune aux yeux rouges => mutation « lutino » (Perruche à collier et Perruche élégante par exemple). Mutation liée au sexe.

    • Pour un oiseau blanc aux yeux rouges => mutation « albino » (Perruche ondulée et Perruche d’Alexandra par exemple), qui est en réalité la combinaison de la mutation bleue (récessive autosomale) et de la mutation lutino (liée au sexe).

    • Pour un oiseau rouge aux yeux rouges => mutation « rubino » (Perruche omnicolore et Perruche à croupion rouge par exemple), combinaison de lutino et d’opaline, les 2 mutations étant liées au sexe.

    • Pour un l’oiseau crème aux yeux rouges => mutation « crèmino » (Perruche
    Catherine et Touï céleste par exemple), combinaison de la mutation turquoise (récessive autosomale) et de la mutation lutino (liée au sexe).

Lorsqu’il reste encore des traces de caroténoïdes, les éleveurs utilisent souvent l’expression «crémino» pour désigner ce type de mutation. (Capucin bec d’argent crémino)
[© Sylvain Chartier – El. Patrick Henrion – Stiring-Wendel 2011]

 

Pour moi, si l’on veut respecter la définition de base de l’albinisme, les psittacidés albinos sensu stricto qui entrent dans cette dernière catégorie de psittacidés ne sont théoriquement pas blancs : seule la mélanine disparaît, mais pas l’autre pigment (psittacine).

Ainsi :
• Une perruche lutino est obtenue par disparition de la mélanine responsable du bleu et du noir. Ainsi, la Perruche ondulée sans mélanine est jaune aux yeux rouges. De même, la Calopsitte albinos est jaune avec des zones plus ou moins jaune vif selon la concentration de psittacine : tête bien jaune pour les mâles, corps jaune pâle, etc.

• Une perruche bleue est obtenue par disparition de la psittacine. Ainsi, la Perruche ondulée ou la Perruche Catherine sans psittacine est bleue. La Calopsitte « bleue » est blanche et grise, ce serait donc notre « face blanche ».

Si l’on suit le raisonnement ci-dessus de la série « ino », les perruches dites « albinos » sont obtenues par combinaison de deux mutations précédentes (la bleue et la lutino), donc sans mélanine ni psittacine. Dans ce cas, la Perruche ondulée comme la Calopsitte sera entièrement blanche aux yeux rouges. Ceci ne correspond pas à la définition initiale de l’albinisme…

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