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Préparons-nous aux expositions

Jaune Mosaïque

Nicola DELLA VECCHIA
Emilio SCIGNANO

Traduction Marie Martinez
avec l’aimable autorisation d’Italia ornitologica

Oiseaux du Monde n°330 – Octobre 2015

Lignée femelle

«Septembre, allons-y. Il est temps de migrer», écrivait un poète en parlant des troupeaux qui descendaient des alpages à la plaine. Septembre pour les éleveurs est un mois crucial, nous sommes à la “redde rationes”, le moment de rendre les comptes.

Nous avons sous nos yeux les jeunes, au moment crucial de notre élevage qui, une fois arrivés en fin de leur mue, montrent le plumage définitif. Avec un soupçon de crainte et d’émotion, nous recherchons dans les volières les sujets plus prometteurs : ceux qui se rapprochent le plus du standard, ceux qui nous font penser : «Le voilà… celui-ci, je l’inscris au championnat de Reggio Emilia ou d’Italie».

Le choix des meilleurs sujets doit se faire au plus tôt, de façon à soustraire les élus des coups de bec des autres jeunes qui pourraient, chose qui arrive couramment, leur abîmer leurs rémiges ou leurs rectrices.

Depuis des années, j’élève le jaune mosaïque lignée femelle ; j’ai choisi les femelles car j’adore chez elles le jaune citron qui émerge de la mer de blanc dominant leur livrée. Celui qui pense que l’élevage des mosaïques lipochromes est relativement simple, se trompe lourdement ; il peut y avoir de gros écarts au sein même des meilleures souches.

Il suffit d’un trait à l’œil, d’une poitrine peu visible, d’un croupion légèrement décoloré, d’une légère suffusion de la poitrine, des rémiges pas tout à fait propres et voilà qu’un sujet, si bien soit-il dans les autres zones d’élection et dans les différents critères, devient un sujet destiné à la reproduction et non plus à l’exposition.

 

La difficulté de sélection de la lignée femelle consiste à mettre toujours plus de blanc sur la livrée du sujet, sans perdre toutefois l’intensité dans les zones d’élection.

Cela semble relativement simple, mais en réalité la recherche spasmodique du blanc amène souvent la disparition des points d’élection sensibles : la poitrine in primis, suivie du trait à l’œil qui devient peu visible.

Au début de mon expérience d’éleveur, j’ai eu la chance d’assister au jugement des femelles jaune mosaïque par des jurys très compétents : eh bien, en regardant les femelles très blanches et prometteuses, ils relevaient les cages pour évaluer avant toute autre chose la présence de la zone sur la poitrine.

À mon avis, la poitrine représente chez les femelles le point crucial pour établir la qualité d’un sujet ; des femelles très blanches possédant une bonne intensité des zones d’élection, mais dépourvues du dessin sur la poitrine sont hors standard; il est donc impossible de leur attribuer la note maximale. Pareillement pour le trait à l’œil. Poitrine et œil doivent être évidents, clairs, nets et non pas dissimulés sous le plumage des spécimens.

Une autre caractéristique à prendre en compte pour tous les mosaïques, c’est le plumage. Je suis très méticuleux dans la recherche d’un plumage serré : le plumage influe inévitablement sur la variété et la catégorie. Un canari à plumes larges aura des zones d’élection avec des bordures claires et floues, le contraste entre jaune et blanc sera moins net, le lipochrome aura tendance à se dégrader vers le blanc et le jaune sera moins intensif. Je prête beaucoup d’attention au plumage des sujets lors de l’accouplement ; comme dit mon ami Loris : «L’éleveur de mosaïque est comme un équilibriste marchant sur un fil : le moindre faux pas, il tombe. De la même sorte, si tu ne prêtes pas attention au plumage lors de l’accouplement, tu tombes».

 

Il est incontestable que des sujets à structure dite «intensive» manifestent un blanc plus éclatant et des zones d’élection à lipochrome intensif et lumineux.

Cependant, en poussant la sélection vers ces sujets intensifs, en l’espace de quelques années, on se retrouve avec des canaris à taille réduite et aux têtes «serpentines», sujets qui auraient très peu de chances dans la compétition mondiale ou devant un jury étranger qui, comme on le sait, préfère des sujets «de bonne taille».

Femelle canari jaune mosaïque [© Guy Doumergue – El. Eric Descamps – Castres 2012]

Je tiens à préciser, car cela fait souvent l’objet de discussion avec mes amis éleveurs de mosaïques. Obtenir des mosaïques grands en taille et au plumage serré est une chose, et obtenir des sujets dont la taille vient de l’abondant plumage est une toute autre chose… Réussir les premiers n’est pas simple et nécessite un travail de sélection pendant des années, tandis que les seconds sont extrêmement plus facile.

Les sujets prometteurs sont mis par trois dans des cages de 60 cm utilisées pour couver, en prêtant bien attention à ce que les escarmouches n’aboutissent pas à de vrais coups de bec. Ils font la mue dans les cages, mais il arrive aussi qu’un sujet jugé intéressant ne le soit plus une fois la mue terminée et retournera ainsi dans la volière. L’inverse peut aussi se produire : des sujets estimés peu intéressants se révèlent très bien. Leur patron mosaïque n’apparaît qu’à la fin.

Propreté maximale, bain tous les jours, perchoirs et grilles propres, le mosaïque doit être traité de la même manière qu’un canari blanc.

La principale difficulté dans l’élevage de cette variété est de réussir à combiner deux critères antinomiques que sont la blancheur de l’oiseau et l’éclat de ses points d’élection. [© Guy Doumergue – El. Eric Descamps – Les Herbiers 2014]

Les sujets plus proches du standard, ceux que j’estime meilleurs, concourent à deux expositions majeures : le Championnat d’Italie et le concours international de Reggio Emilia.

À coté de ces derniers, je constitue un groupe de sujets dits « de réserve», capable de remplacer au mieux l’un des «titulaires» qui, à la dernière minute, manifesteraient un problème de plumage. Avec ces sujets de réserve je participe aux championnats régionaux et aux autres manifestations. En fonction des classements obtenus on peut entrevoir (mais ce n’est pas toujours le cas) si on est sur la bonne voie.

à suivre…

 

Retrouvez cet article et bien d’autres

dans la revue Les Oiseaux du Monde n°330 – Octobre 2015
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