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Les cycles biologiques chez les oiseaux

Dr. Vet. Philippe DEVAILLY

Oiseaux du Monde n°331 – Novembre 2015
Les activités rythmiques règlent de façon toute particulière la biologie des oiseaux.

Chaque année, au printemps, on observe une évolution cyclique des gonades. Après le silence hivernal, les mâles chantent puis s’accouplent. Les femelles préparent leurs nids, avant de pondre, de couver et de prendre soin des jeunes.

À titre indicatif, le poids des testicules d’un pinson est de 2,5 mg en été, automne et hiver, il est de 280 mg, soit plus de 100 fois plus, entre le 1er avril et le 1er juin.
Avec la résorption des testicules, commence la croissance des glandes thyroïdes qui présentent leur pic pondéral vers le 15 août.

En fin de la période de reproduction (de régression génitale), on assiste à un accroissement pondéral de la thyroïde, suivi bientôt du phénomène cyclique de la mue (rythme circumannien pour la plupart des espèces).

La mue se traduit par une perte totale ou partielle des plumes et par leur renouvellement. Le phénomène cyclique est lié au cycle du soleil et à l’influence de son éclairement sur l’hypophyse, grâce à un relai optique et hypothalamique. lndirectement, la thyroïde se trouve excitée à cette époque.

Sous les Tropiques, selon les périodes de pluie et de sécheresse, on assiste souvent à deux époques de reproduction (Euplecte de Zanzibar – Euplectes nigroventris). Dans l’Hémisphère Sud, la ponte de la plupart des oiseaux a lieu entre novembre et décembre et la mue en début janvier. Les diamants de Gould d’origine australienne, transportés dans nos régions reprennent le cycle habituel des oiseaux de l’hémisphère Nord.

Les très colorés Pyrangas sont très sensibles aux variations de températures qui peuvent les conduire à perdre leurs robes écarlates. [© Pierre Channoy]

Le phénomène de la mue est lié aux conditions climatiques et à la température, comme le confirment les observations de l’ornithologiste américain Beebe sur les mâles Tangara écarlate (Pyranga erythromelas).
Le plumage nuptial de cet oiseau est rouge vif au printemps et en été ; il devient vert olive à l’approche des froids de l’automne. Il est alors semblable à sa femelle, pour redevenir écarlate à la mue suivante, au printemps.
Les pyrangas bien nourris, dans une volière tranquille et chaude gardent leur plumage éclatant. Qu’arrive un écart brusque de température : les oiseaux maigrissent et muent, devenant vert olive. Si on a soin «de les maintenir écarlates au-delà de la période instable, nous dit Mlle Tetry, ils muent au printemps, mais pour reprendre une nouvelle livrée écarlate».

A. Nombre et périodicité des mues.

Les phénomènes ne sont pas si simples qu’on pourrait le croire. Si la plupart des espèces ont une seule mue par an, les canards ont 2 mues rapprochées en été, période durant laquelle ils sont dans la quasi impossibilité de voler.
Les Grues ont une mue tous les 2 ans seulement.

Le Lagopède alpin mâle mue 3 fois par an pour séduire sa femelle, mais aussi pour se camoufler en dehors de la période de reproduction. [© Michael Lane – 123rf.com]

Les Lagopèdes et le Canard de Miquelon ont, au contraire, 3 mues par an.
Chez les oiseaux Lyre, les mâles subissent 2 mues chaque année, alors  que les femelles ont une seule mue annuelle.
Le Coq Phénix dont on connaît la queue hypertrophiée pouvant atteindre 2 mètres de long, ne subit pas de mue dans la région caudale.
Chez les Perruches ondulées, originaires d’Australie, il n’y a pas de mue fixe comme chez le serin. Elles peuvent muer à plusieurs reprises dans l’année, parfois pas du tout, sans qu’il y ait lieu de s’inquiéter.
La Pigeonne qui pond en toutes saisons procède à une mue saisonnière qui n’affecte pas son rythme de ponte.

On peut également parler de rythme circadien au niveau de la croissance de chaque plume qui a lieu pendant le jour et les premières heures de la nuit avec arrêt total le restant de la nuit. Chez le canari, une rémige alaire peut atteindre 5 centimètres en 12 jours.
N’oublions pas que le plumage représente 10 % du poids total de nombreuses espèces d’oiseaux.

Une cane colvert possède 11000 plumes, un colibri 900, un pic et une tourterelle 2500, nos passereaux et les canaris, 1 500 environ.
Chaque plume est placée dans une alvéole épidermique qui est chargée de son renouvellement. Il y a donc de multiples points d’insertion plus ou moins espacés selon les espèces.
Chez l’embryon, ces follicules rappellent ceux qui donnèrent naissance aux écailles des reptiles, leurs ancêtres !

L’oiseau possède donc cinq espèces de plumes :

  • les rémiges ou rectrices des ailes,
  • les plumes de contour ou tectrices,
  • les plumes filiformes,
  • le duvet,
  • le duvet pulvérulent.

B. Les mues circumanniennes

C’est le cas de la plupart des oiseaux : passereaux, astrilds, veuves, tisserins, serins, etc.

1. La mue juvénile

Les premiers jeunes apparaissent en mai et leur mue s’observe vers 2 mois. Cette mue dure environ 1 mois et demi.

Le canari, le Chardonneret, le pinson ne perdent que de petites plumes ou tectrices, la première année.
Par contre, Vaugien nous dit que les jeunes mésanges renouvellent également leurs rémiges tertiaires et leurs rectrices alors que les jeunes bruants et les bébés moineaux subissent une mue totale.

2. La mue des adultes

À la fin de la reproduction fin juillet, les adultes, âgés d’au moins 2 ans subissent une mue totale, avec un partait synchronisme entre les deux moitiés de corps.

D’abord, rémiges puis poitrine, abdomen, dos, cou, enfin en dernier, la tête.

Chez le Canari, la mue commence par la 9è rémige primaire des ailes, puis la 8è, la 7è, la 6è et ainsi de suite jusqu’à la 1ère (succession centrifuge).
La 10è rémige secondaire et les 17è à 18è rémiges tertiaires commencent à tomber en même temps que la 4è rémige primaire (succession centripète). La chute des premières plumes se manifeste trois semaines après la dernière nichée de la Serine. Cette période dure de 4 à 8 semaines. L’oiseau s’arrête de chanter et manifeste une grande fatigue.

C. Physiologie de la mue

1. La mue accidentelle

Dans certains cas une mue peut aussi être provoquée à contre saison par un brusque changement d’alimentation, une maladie et toute autre cause de stress. Si l’on considère la saison de l’année à laquelle se produit la mue, on constate que c’est celle où les jours commencent à diminuer de longueur. Nous retrouvons ici le phénomène déjà signalé à propos de la reproduction : le système endocrinien de l’oiseau est sensible à la variation de la durée du jour plus qu’à sa durée en valeur absolue. Après une période de reproduction, la diminution du temps d’éclairement fait cesser la ponte et provoque la mue.

Tous les oiseaux muent plusieurs fois dans leur vie. Ce renouvellement touchera les 900 plumes de cette Ariane de Lesson (Amazilla amazilla) année après année [© Pierre Channoy]

2. La mue normale

La mue est un phénomène qui chez des oiseaux bien alimentés doit se passer sans incidents. On peut cependant noter que la repousse des plumes nécessite la production d’une grande quantité de matières azotées (kératines et scléroprotéines) et spécialement d’acides aminés soufrés au nombre desquels figure un acide aminé « essentiel » que l’oiseau ne peut fabriquer lui-même et qu’il doit trouver dans son alimentation : la méthionine.

Des minéraux, des vitamines, lui sont également nécessaires à ce moment pour éviter toute carence.

Dans le même but, on a souvent préconisé l’emploi de soufre ou de végétaux en contenant (choux, oignon) mais cela ne peut remplacer la méthionine pour assurer une bonne formation du plumage. Les cendres de plumes renferment 30 % de Silicium et 0,010 % de Fluor.

D. Pathologie de la mue

1. La mue chronique

Des mues partielles et prolongées sont souvent observées chez les oiseaux de cage, canaris, en particulier.

Elles intéressent, en général, une partie très limitée du plumage, en général la tête, le cou ; l’oiseau peut ainsi rester plusieurs mois avec la tête ou le cou totalement déplumés et nus.

Parfois ces mues anormales intéressent toutes les plumes, aussi bien les grandes plumes (ailes et queue) que les petites. Leur caractère est d’être prolongées soit que la repousse ne se produise pas, soit que de nouvelles plumes tombent sans cesse (mue molle).

Devant ces troubles, la plupart des éleveurs pensent à la gale et se lancent dans des traitements inutiles et souvent dangereux du fait qu’ils sont appliqués sur de grandes surfaces de peau. D’autres accusent l’alimentation. Or, la gale déplumante est une affection rare.

 

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À la suite de très nombreuses observations, il apparaît que ces mues anormales sont la conséquence de troubles hormonaux qui sont eux-mêmes le résultat de dérèglements dus aux conditions de vie anormales, en particulier en ce qui concerne la chaleur et l’éclairement.

À propos des fonctions de reproduction, nous avons déjà parlé de l’énorme influence de l’éclairement surtout. Or, la mue tout comme la repousse de la plume est sous l’influence de la Thyroïde, mais celle-ci semble bien n’être qu’un intermédiaire, les glandes sexuelles (ovaires et testicules) et, encore au-delà, l’hypophyse et l’hypothalamus étant à l’origine des « stimuli » qui commandent ces phénomènes.

Certains éleveurs, certains amateurs, ont attribué ces mues à « l’atmosphère » des appartements, aux vapeurs «grasses» des cuisines. Il semble bien que tout cela relève d’une observation juste, mais mal interprétée ; cela revient à dire que ces mues s’observent chez les oiseaux vivant dans les habitations.

A suivre…

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