«

»

Imprimer ce Article

Les Becs-croisés

Marcel RUELLE

Oiseaux du Monde n°324 – Février 2015

On trouve aussi des Becs-croisés en France comme le montrent ces photos

Depuis la publication de ma monographie sur les Becs-croisés (Ruelle, 1986), de nombreuses études sont sorties de presse et, dans l’attente d’une hypothétique édition remaniée, je me propose de livrer à votre perspicacité une synthèse des nouvelles recherches menées sur le genre Loxia, lequel comprend actuellement 4 bonnes espèces ou espèces propres, les Bec-croisés perroquet, des sapins, bifascié et d’Écosse, en attendant mieux car certains chercheurs américains voudraient classer leurs

prises au Mont Ventoux d’une famille de Becs-croisés des sapins. [© Pierre Channoy]

sous-espèces suivant leur registre vocal, différent suivant les sous-espèces et en faire autant d’espèces propres… à suivre…

Mais nous n’en sommes pas encore arrivés à ce stade, lequel semble plutôt d’avant-garde et apporterait une véritable révolution ou tempête dans un verre d’eau, suivant votre goût, dans la taxinomie des espèces du Néarctique (Avifaune nord-américaine).

Synonymie.

Ces données sont extraites de ma monographie sur les Becs-croisés et de mon travail sur la taxinomie et la synonymie des Fringilles Position taxonomique des Fringillidés. Nomenclature scientifique. Glossaire des noms français, anglais, américains, allemands, néerlandais, flamands, espagnols, italiens, locaux et régionaux. Leur répartition sommaire. Lexique des noms français et anglais. (Ruelle, Février 2000).

Loxia curvirostra curvirostra : Le Bec-croisé des sapins

Outre la sous-espèce nominale c. curvirostra, les sous-espèces suivantes ont été décrites :

  • Loxia c. corsicana
  • Loxia c. balearica
  • Loxia c. poliogyna
  • Loxia c. guillemardi
  • Loxia c. mariae
  • Loxia c. altaiensis
  • Loxia c. tianschanica
  • Loxia c. himalayensis
  • Loxia c. meridionalis
  • Loxia c. japonica
  • Loxia c. luzoniensis
  • Loxia c. pusilla
  • Loxia c. minor
  • Loxia c. benti
  • Loxia c. bendirei (neogaea)
  • Loxia c. sitkensis
  • Loxia c. grinnelli
  • Loxia c. stricklandi
  • Loxia c. mesamericana

Français : Bec-croisé des sapins ; Bec-croisé rouge au Canada et au Québec.

Wallon : Creûh’lé bètch ; Creuxhté Bèche; Bètch cwasé (Région du Centre).

Anglais : Crossbill ; Red Crossbill ; Common Crossbill ; Red Crossbill en Amérique du Nord Anglophone et de nombreux autres noms.

Allemand : Fichtenkreuzschnabel ; Kreuzschnabel, et de nombreux noms alternatifs.[…]

Loxia leucoptera leucoptera : Le Bec-croisé bifascié.

Outre la forme nominale leucoptera, deux autres sous-espèces ont été décrites sous les noms scientifiques Loxia leucoptera megaplaga, Loxia l. bifasciata : […]

Français : Bec-croisé bifascié ; Bec-croisé à ailes blanches au Canada et au Québec ; Bec-croisé leucoptère.

Wallon : Aucun nom spécifique à ma connaissance.

Anglais : White-winged Crossbill ; Two-barred Crossbill ; American White-winged Crossbill en Amérique du Nord.

Allemand : Bindenkreuzschnabel. […]

Loxia pytyopsittacus : Le Bec-croisé perroquet.

Cette espèce est monotypique.

Français : Bec-croisé perroquet.

Wallon : Aucun nom spécifique à ma connaissance.

Anglais : Parrot Crossbill.

Allemand : Kiefernkreuzschnabel. […]

Notes inédites sur des sous-espèces peu connues du Bec-croisé des sapins

Loxia curvirostra meridionalis et Loxia curvirostra luzoniensis, respectivement les Becs-croisés des Philippines et d’Annam.

Mes confrères Français Michel Clouet et Jean-Louis Goar, spécialistes reconnus des Becs-croisés, ont publié d’excellentes études sur ces espèces, notamment dans la réputée revue Alauda, organe de la Société d’Etudes Ornithologiques de France, dont je suis membre au nom de notre Fédération. Mes confrères ont eu l’obligeance de me confier leurs travaux et je m’en voudrais ne de pas vous en rapporter l’essentiel en raison de la méconnaissance de ces deux sous-espèces mais aussi par respect pour leurs travaux.

Clouet et Goar (2001) ont effectué leurs recherches sur le Bec–croisé des Philippines principalement dans les forêts de Pins (Pinus kasya) dans les environs de Baguio (île de Luçon), en décembre 1998. Les Becs-croisés étudiés par mes confrères présentaient un comportement reproducteur : chants intenses des mâles, femelles construisant des nids. Leur période de reproduction, constatent mes confrères, correspond au début de la saison sèche et contraste avec les dates de nidification des autres passereaux des Philippines qui s’étendent d’avril à juin, soit durant la première partie de la saison des pluies. L’enregistrement des chants des mâles effectués par Clouet et Goar sont moins complexes que ceux des autres sous-espèces de becs-croisés et sont remarquablement simples pour un Fringillidae. Les mensurations des trois oiseaux qu’ils ont capturés et de deux spécimens du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris confirment la petite taille des Bec-croisés des Philippines, lesquels apparaissent ainsi comme la forme la plus différenciée sur le plan morphologique au sein de toutes les sous-espèces de Bec-croisés communs.

Retrouvez cet article et bien d’autres

dans la revue Les Oiseaux du Monde n°324 – Février 2015
chaque mois les Oiseaux du Monde viennent nicher dans votre boite à lettres.
POUR NE PAS EN PERDRE UNE MIETTE, ABONNEZ-VOUS !

Leur petite taille remarquent Clouet et Goar, les rapproche cependant des Bec-croisés d’Himalaya (Loxia c. himalayensisa). Mes confrères considèrent leur biométrie comme un argument en faveur de la colonisation de l’île de Luçon par une population de cette origine en suivant la migration de Pinus khasya du continent asiatique aux Philippines au cours du Quaternaire.

Mes confrères supposent que la plus forte taille du bec du Bec-croisé des Philippines par rapport au Bec-croisé d’Himalaya pourrait être un caractère adaptatif à la prédation des volumineux cônes de Pinus khasya.

Cependant, le Bec-croisé d’Annam Loxia curvirostra meridionalis, qui constitue la population du sud-est asiatique la plus proche des Philippines, et exploite également les cônes de Pinus khasya a une taille beaucoup plus grande et un bec beaucoup plus fort, constatent Clouet et Goar. Ceux- ci affirment également que ces différences constituent un exemple extrême de divergence morphologique de populations exploitant une même espèce de conifère. En raison des dimensions des cônes de Pinus khasya, la petite taille du bec du Bec-croisé des Philippines pourrait limiter l’extraction des graines des cônes fermés et pourrait ainsi rendre compte des observateurs de mes confrères de prédation exclusive des cônes ouverts et de la recherche d’autres sources de nourriture, notamment des insectes. Ces chercheurs ont également observé que le début de la reproduction est synchrone de la déhiscence des cônes des pins et donc de la plus grande accessibilité des graines (NdlR : déhiscence signifie l’ouverture naturelle, à maturité, d’un organe clos, anthère, gousse, cône.). La période de reproduction, au Vietnam, par contre, est beaucoup plus étalée et elle commence en novembre-décembre à la fin de la saison des pluies suivante en avril-mai lorsque tous les cônes sont ouverts. (Clouet et Goar, 2001).

Le Bec-croisé bifascié se distingue du Bec-croisé des sapins principalement par ses deux larges bandes alaires blanches.
Adepte des cônes de Mélèzes, il recherche les forêts de cette essence pour s’y établir. [© Philippe Rocher – El. Alfred Kreidl – Mondial Tours 2011]

Robinson et Kloss, en 1919, ont découvert le Bec-croisé des sapins au Vietnam et ils ont notamment « collecté » 20 exemplaires en 1918 lors d’une expédition dans le sud de la chaîne annamitique. Ils ont alors décrit ces becs croisés comme sous-espèce nouvelle sous le nom scientifique Loxia curvirostra meridionalis.

Les recherches de différents ornithologues nous montrent que le Bec-croisé d’Annam ne se rencontre que dans les pinèdes à Pinus khasya du massif du Lang-Bian (Delacour & Jabouille, 1931 ; Robson et al. 1993) où il est considéré comme résident occasionnel (Brunel, 1978 ; Vo Quy & Nguyen Cu, 1995).

Clouet et Goar estiment que cette situation du Bec-croisé des sapins, espèce holarctique, dans la région indo-malaise représente sa limite méridionale de répartition, latitudes qu’atteignent seulement les populations d’Amérique centrale dans le chef de la sous-espèce Loxia curvirostra mesamericana et des Philippines Loxia curvirostra luzoniensis (pour rappel, cette sous-espèce mesamericana de couleur très sombre, s’observe du Guatemala au nord du Nicaragua comme nous l’avons noté en cours d’étude). De plus, comme le stipulent très bien mes confrères Clouet et Goar (1999), l’isolement en
zone tropicale du Bec-croisé d’Annam pose le problème de son origine et de ses relations avec les autres populations eurasiatiques de cette espèce polytypique. Au cours d’un bref séjour dans la haute région du Lang Bian, du 15 au 20 mars 1998, ces ornithologues ont prospecté, à la recherche des bec-croisés, les pinèdes du secteur de Dalat et des principaux massifs avoisinants, région qui correspond à l’extrémité méridionale de la chaîne annamitique et comprend un ensemble de plateaux et de sommets étagés entre 900 et 2.289 mètres d’altitude au Mont Bi Doup. Cette région est soumise à l’alternance d’une saison sèche de décembre au mois d’avril et d’une saison des pluies de mai à octobre. Sa végétation forestière est caractérisée à partir d’environ 1.200 mètres d’altitude par un étage de pinède à Pinus khasya, lequel succède aux reliques d’une forêt primaire tropicale dense et humide plus ou moins dégradée.

(à suivre)

Laisser un commentaire