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L’élevage de la Grive musicienne

Femelle Grive musicienne brune couvant ses œufs dans le box de reproduction [© Jean-Luc Berbudeau]

(Turdus philomelos)

Bruno AMICO
Eleveur capacitaire et membre de l’Oiseau Club d’ISTRES et du Club Technique ICC France

Oiseaux du Monde n°358 – Juin-Juillet 2018
Pour ce qui me concerne, l’élevage des oiseaux est la continuité d’une passion, une passion générée par une observation assidue des spécimens dans la nature et par la transmission des informations inter générations. Ainsi j’ai la joie de vous transmettre à mon tour les bases et techniques d’élevage pour celles et ceux qui se lanceraient dans une tentative d’élevage de la grive musicienne.

Descriptif et caractéristiques :

Chez l’adulte, le plumage des mâles et des femelles est identique : dos brun olive, poitrine et ventre blanc, moucheté de tâches brunes, couvertures alaires grandes et médianes subitement roussâtres à la pointe, flanc blanc roussâtre, rectrices brun olive, dessous de la queue blanc-crème.  Le bec est noir, et la base inférieure est jaunâtre. Les pattes sont brun jaunâtre. Le mâle se distingue de la femelle par son registre vocal, harmonieux et varié.

Au niveau morphologique, la grive mesure de 21 à 23 cm, son envergure est de 35 cm environ et son poids varie en fonction du sexe, de l’âge et des saisons entre une fourchette conséquente comprise entre 30 à 80 grs.

Les juvéniles à peine sortis du nid se distinguent des adultes par la présence d’un évident mouchetage chamoisé sur la tête et le dos, ainsi que par la petitesse des taches brunes sur la poitrine et les flancs. Ce n’est qu’au mois d’août, lors de la première mue, que le plumage des juvéniles ressemble davantage à celui de l’adulte. La distinction réside dans la bordure roussâtre plus prononcée, des grandes couvertures alaires qui ne seront pas remplacées la première année.

 

Club technique ICC France

Président : M. Alain-Pierre MARTIN
4 avenue du 8 mai 1945 – 83250 LA LONDE LES MAURES
Tél. : 06 81 27 00 01
Email : alainpierremartin@hotmail.fr
Facebook

Bien connue par les chasseurs et les fins gourmets, la Grive musicienne est aussi un oiseau qu’on a plaisir à élever [© Philippe Rocher – El. Bernard Howlett – Tours 2011]

Principe d’élevage :

Pour que les grives puissent évoluer dans des conditions optimales et avoir de bons résultats de reproduction, les box extérieurs doivent répondre à certaines normes. Les volières extérieures doivent être exposées au soleil, à l’abri des intempéries et des vents dominants, notamment du mistral dans le sud-est. Les dimensions minimales d’un box sont de 2 m de long par 1 m de large et 2 m de haut.

Les box sont équipés de perchoirs amovibles, fabriqués par mes soins. L’utilisation de différents diamètre < 10 et 20 mm permet de faire travailler les pattes (muscles, tendons et articulations) ce qui est favorable pour la femelle qui pourra mieux se cramponner lors de la copulation et préviendra les arthroses.

Un distributeur d’eau à basse pression est mis à disposition des oiseaux, permettant ainsi de s’abreuver dans une eau toujours pure. Les baignoires sont changées quotidiennement l’hiver et deux fois par jour l’été. Elles sont rapidement retirées après l’étape du bain, afin d’éviter le contact des oiseux avec l’eau souillée.

Dans chaque box sont disposés trois nids différemment exposés et camouflés avec un branchage de pins. J’utilise des nids de tourterelles en osier, disposés sur un support de pots de fleurs métallique du commerce, mesurant de 14 à 16 cm de diamètre. La femelle choisira elle-même le nid qui lui conviendra le mieux et en bâtira l’intérieur.

Pendant les périodes de reproduction, les couples sont formés par affinités et placés dans chaque box. En fin de reproduction et de mue, les oiseaux se retrouvent tous dans une volière commune pour passer l’hiver. La promiscuité a l’avantage de calmer la fougue et l’agressivité qu’aurait manifesté le mâle à l’égard de la femelle, s’ils étaient restés en couple dans le box. La vie de communauté permet en outre aux juvéniles de se familiariser avec leurs congénères de phénotype sauvage ou ceux en plumage plus dilué, issus de mutations.

Grive musicienne au nourrissage in situ [© Sylvain Chartier]

Préparation à la reproduction :

Un ou deux mois avant la période de reproduction, j’utilise la technique de la photopériode qui conditionne de nombreuses activités physiologiques. Lorsque je place les reproducteurs dans leur box distinctif, les oiseaux ont à leur disposition les matériaux nécessaires à la construction du nid. Pour ma part, je leur distribue des fibres de coco et de l’herbe sèche. Pour éviter tout problème pour les oiseaux et notamment pour les plus jeunes, la longueur des matériaux doit être inférieure à 10 cm. Je leur fournis également un bac contenant de l’argile mélangée à de petits fragments d’herbe sèche, constamment humidifié. La femelle récupère ce torchis pour enduire l’intérieur du nid. Pour le fixer, elle tassera avec ses pattes dans un mouvement de rotation, le torchis régurgité. Lors de la construction du nid, il faudra maintenir un bac d’eau à disposition de la femelle. Ainsi, tel un plâtrier, elle se servira en quantité d’eau nécessaire pour lisser l’intérieur du nid avec sa poitrine préalablement humidifié.

Les reproducteurs sont sélectionnés parmi les sujets sains et dociles, tous nés en captivité et âgés d’un an minimum. Durant les deux premières semaines, le couple isolé dans son box individuel sera quotidiennement surveillé pour s’assurer de l’affinité des oiseaux. En cas d’agitation de  l’un d’entre eux, il conviendra de remplacer rapidement le perturbateur.

 

Retrouvez cet article et bien d’autres

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L’accouplement

Dès la finalisation du nid, la femelle est prête à copuler. Elle émet un petit sifflement aigu et continu en secouant ses ailes et balançant sa queue pour appeler la mâle. C’est sa manière de faire sa parade amoureuse. Une seule copulation est suffisante pour la féconder, ce qui n’empêchera pas de renouveler éventuellement plusieurs fois l’acte.

Des oeufs d’un bleu franc dans un nid en coupe [© Sylvain Chartier]

La couvaison

Pendant le cycle de ponte et de couvaison, il faut éviter que des personnes étrangères ou des animaux s’approchent du box. Cela aurait pour effet de perturber la femelle, avec pour conséquence l’abandon du nid. La ponte s’étale sur plusieurs jours. La couvaison débute après la ponte du second et troisième œuf et s’étend sur 13 à 14 jours. Il convient alors de trouver un subterfuge pour garantir à chaque œuf une incubation de même durée et par voie de conséquence, les mêmes chances aux oisillons d’arriver à terme. Dès que la femelle a pondu, l’œuf est retiré et remplacé par un œuf factice de même couleur et de taille identique. L’œuf original est placé dans un bac dont le fond est recouvert d’alpiste, conservé à température allant de 18 à 20 degrés. Les bacs sont numérotés en fonction du numéro de box, car dés que la femelle aura terminé sa ponte, les œufs factices de son nid seront retirés et ses propres œufs seront redéposés avec délicatesse dans leur nid initial.

Comportements négatifs

Durant la période de couvaison jusqu’à la naissance des oisillons, les mâles peuvent présenter des comportements agressifs en voulant de nouveau s’accoupler. Ainsi, ils peuvent occasionner un détournement de la femelle et l’empêcher de couver, ils peuvent jeter les œufs hors du nid, voire expulser les jeunes oisillons. En pareil cas, il faut déplacer le mâle dans une cage d’exposition, à la vue de la femelle. Il sera réintégré dans son box, lorsque les oisillons auront 5 à 6 jours de vie (selon leur taille). Je procède au baguage, lorsque les oisillons ont quatre ou cinq jours de vie. Les bagues sont référencées UOF, leur diamètre est de 4 mm.

Alimentation

Au quotidien, je nourris mes oiseaux avec un aliment extrudé de qualité supérieure de marque « italienne » contenant notamment une grande quantité de protéines animales (farine de criquets), des lipides, des cendres, des fibres, des vitamines, essentiellement A, D, E, B, K, PP, ainsi que de la choline, des acides foliques, des sels minéraux et des acides aminés . L’extrudé pour turdidés doit être pauvre en fer. L’avantage de l’extrudé est qu’il garde longtemps ses propriétés actives. Je leur donne également une pâtée insectivore protéinée à 24% et contenant 9% de gras, de la même marque. Ce dernier propose une gamme de produits spécialisés pour grands et petits turdidés.

Une Grive musicienne en hiver [© Lionel Durochat]

Les fruits ne doivent pas faire défaut dans les volières du fait de leurs diverses propriétés, telle que la régulation intestinale, l’équilibre gastrique, l’augmentation des réserves alcalines dans le sang et la désintoxication de l’organisme. Une fois par semaine, pendant la saison de repos, je leur distribue des vers (pinkies) après les avoir décongelé.

En période de reproduction, les insectes sont indispensables pour l’élevage des turdidés, faute de quoi ils ne pourraient se reproduire ni élever leurs jeunes. Quatre jours avant l’éclosion, je mets à leur disposition des insectes vivants de petites tailles ainsi que des lombrics, mini vers de farine, teignes de ruches, vers buffalos. Lorsque les oisillons ont atteint une durée de vie de 4 à 5 jours, je complète leur alimentation de proie plus grosses comme les grillons et les sauterelles.

 

Commentaires du CT ICC France :

En entretien quotidien une nourriture de base pour pintadeaux et dindonneaux 2ème âge convient. En complément des fruits (pomme, poire, fruits rouges…) des baies (sorbier, pyracantha…), de la pâtée pour insectivore (turdidé ou rossignol) et un apport en alimentation animale, surtout lors de l’élevage des jeunes sera obligatoire. La récolte  des vers de terre et limaces est assez aisée, et leur conservation facilement réalisable. Il suffit de garder les vers et gastéropodes dans un endroit frais et humide et ainsi avoir une réserve suffisante lorsqu’il sera plus difficile de s’en procurer durant les périodes de chaleur. Les grives consomment également des escargots, il faudra alors placer quelques cailloux afin qu’elles puissent briser la coquille en les frappant dessus.

Grive musicienne brune [© Guy Doumergue – El. Francis Gonzales – Istres 2015]

Les mutations

Les mutations permettent de modifier le patrimoine génétique. En ce qui me concerne, je me consacre à la couleur du plumage, en respectant les standards de l’oiseau. La mutation réduit les pigments. Contrairement à la modification de couleur générée par un déséquilibre alimentaire qui sera rétablie lors de la mue, la mutation génétique est ancrée dans les gènes de l’individu et sera transmissible aux générations suivantes.

L’éleveur joue un rôle primordial dans les mutations de couleur, de par ses propres sélections et par son investissement et sa patience. En effet, il faut parfois des années pour parvenir à une mutation. A ce jour, les principales mutations de couleurs observées chez les turdidés sont les mutations brunes, satinée et l’albinos.

Commentaires du CT ICC France :

Les mutations reconnues à ce jour de la grive musicienne sont : Brune = absence d’eumélanine noire ; Blanche = absence de mélanine, plumage apigmenté ; Satiné = Eumélanine brune diluée, œil rougeâtre.

Grive musicienne satinée [© Philippe Rocher – El. Luca Gorreri – Tours 2011]

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