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L’Araguira rougeâtre

(Coryphospingus cucullatus)

Gobemouche70

Un mâle, un oiseau toujours en action … Pas facile de le photographier !
[© Jean-Pierre Hennebique – El. Anthony Lardet – Les Herbiers 2014]

Oiseaux du Monde n°340 – Octobre 2016

Le genre Coryphospingus comporte 2 espèces très proches : l’Araguira rougeâtre (C. cucullatus) et l’Araguira gris (C. pileatus). Dans son livre sur les Embérizidés édité en 1985, G. ARMANI écrivait: « Bien que de couleurs différentes, ces oiseaux pourraient bien être qu’une seule et même espèce » ; il les appelait « pinson rouge à huppe » et « pinson à couronne grise ». Ce sont pourtant 2 espèces différentes avec chacune 3 sous-espèces. Si elles ont la même huppe rouge, elles diffèrent par la couleur de leur corps : le brun rouge vineux du premier nommé est remplacé par du gris sombre sur le dos et clair sur le ventre pour le second qui est aussi moins courant en élevage.

Et mon coeur en fût épris…

Détails de la huppe érectile. Quand l’oiseau est au repos, on ne voit qu’une petite bande rouge, mais quand il parade, elle est relevée à 90°

C’est dans une revue du CDE que j’ai vu pour la première fois le Coryphospingus (c. cucullatus) ou Araguira rougeâtre et j’ai, comme on peut dire « flashé » dessus. Fin 2004, un importateur en proposa à la vente. À cette époque, beaucoup d’oiseaux sud-américains arrivaient en Europe, ce qui n’était pas le cas dans les décennies précédentes.

J’en commandais donc deux couples assez rapidement. Chaque couple passa l’hiver dans une grande cage de 160 x 100 x 80 cm à une température d’environ 16°C. Je leur distribuais un mélange de graines pour exotiques, du millet rouge en grappe et de la pâtée d’élevage qu’ils ne mangeaient que très peu. Ni insectes, ni pâtée universelle ne furent donnés car je ne voulais pas qu’ils engraissent. Ils n’ont jamais paradé. Ils levaient seulement la huppe en signe d’inquiétude.

Quelles volières pour mes oiseaux ?

Surtout, ne mettez jamais deux mâles adultes dans la même volière sinon il y aura forcément un accident.

Les deux couples furent sortis fin mai 2005, chacun dans sa volière : une de 25 m2 et l’autre de 9 m2. Je pense maintenant, avec le recul, que j’aurais dû les sortir plus tôt car ces oiseaux ne craignent pas le froid. Donc un nid fut fait assez tard dans la grande volière et ce fut fini pour 2005.

Ces oiseaux sont logés avec des insectivores, donc ils ont aussi à disposition des insectes, de la pâtée universelle et différents fruits. Cette année-là, les mâles ont paradé, ce qui stimule les femelles, mais rien ! La parade est un spectacle qu’il ne faut pas manquer : le
mâle poursuit la femelle très nerveusement, sa huppe vermillon déployée, en poussant un cri, toujours le même.

Cela se termine généralement au sol : le mâle droit comme un soldat au « garde à-vous » tourne autour de sa femelle, avec toujours ce cri à répétition.

Puis les deux oiseaux repartent à leurs occupations, le mâle avec sa huppe déployée parce que toujours un peu énervé. Pendant cette parade, il n’y a jamais de contact violent, pas une plume ne vole, et pourtant « ça déménage » !

Araguira rougeâtre mâle
[© Philippe Rocher – El. Jozef Verschueren – Tours 2011]

Au printemps 2006, j’ai sorti le couple dans sa volière de 9 m2 mais rien ne s’est passé. Dans cette volière je n’ai pas beaucoup de réussites d’élevage. Je pense qu’elle est mal exposée. Cette année, j’ai changé de mâle, mais il ne s’est rien passé non plus. L’année
prochaine je changerai ces oiseaux de volière. Je voudrais savoir si des éleveurs ont essayé la reproduction en batterie d’élevage, ce qui est peut-être possible.

Pour le deuxième couple, installé dans la volière de 25 m2 , les choses se sont
déroulées autrement. Ils ont passé l’hiver dans cette volière attenante à une autre volière de 25 m2 qui, elle, est chauffée, ce qui permet de rentrer tous les occupants par grand froid.

Et le printemps arriva

Le mâle recommença à parader mais rien ne sembla se passer. Un beau jour de juin, je montai sur la volière pour tailler un chèvrefeuille et, dedans, je vis un nid avec des œufs blancs. Je fus tout de suite certain que c’était celui de mes araguiras car il n’y a que les sénégalis sanguins qui pondent de tels œufs mais ils font des nids fermés. Les œufs, d’après la dimension de la chambre, étaient frais et ils n’étaient pas encore couvés.

Lors de la parade nuptiale, le mâle Araguira rougeâtre poursuit gentiment sa femelle en hérissant sa belle huppe rouge et en poussant de petits cris.
[© Philippe Rocher – Castres 2012]

Après cela, tout se passa très vite, même trop vite !

La couvaison dure treize jours environ, je bague les jeunes le cinquième jour en 2,7 mm ; sept jours plus tard les jeunes sortent du nid et sept jours après, la femelle se remet à pondre. Ce qui fait un cycle d’environ un mois selon les paramètres (chaleur, nourriture animale,…).

Jusqu’au sevrage, les jeunes sont totalement dépendants du mâle qui nourrit encore ses petits alors qu’une nouvelle éclosion commence. Donc, forcément, les jeunes sont délaissés et puis, à cet âge-là, le temps joue un rôle important aussi : parfois il fait très,
très chaud ou alors très humide, comme cette année 2007 où il y a eu des pluies fortes et continues et où j’ai perdu un tiers des jeunes, noyés !

J’allais oublier de parler de la nidification : la femelle fait son nid dans un support de nid à canaris ou sans support, avec des fibres de coco. Les nids sans support sont beaucoup plus petits et bien évidemment moins stables, la coupe interne est très petite, juste pour recevoir trois ou quatre gros œufs blancs. En général, elle est garnie avec du coton, du sisal, très rarement de plumes, parfois même elle n’est pas garnie du tout !

Les jeunes sont nourris bien évidemment avec des insectes, des vers de farine, des teignes de ruches, des pinkies ou des insectes indigènes. Je les ai déjà vus voler en « sur place », comme le font les Gobemouches, pour attraper un insecte sur le grillage. Certains restent insectivores, ce qui pose un sérieux problème au sevrage, j’en ai fait les frais cette année à la suite d’une exposition.

Nid des plus simples avec une ponte moyenne de trois œufs et oisillons au nid.

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ces oiseaux sont très territoriaux et qu’ils n’ont peur de rien : à l’époque de la reproduction, ils peuvent attaquer sans ménagement un oiseau plus gros qu’eux et ne supportent absolument pas les oiseaux à fond rouge, quelle que soit leur taille. Il vaut mieux enlever les sujets pourchassés de la volière, même si elle est grande car, de toute façon, ils n’auront pas le loisir de s’y reproduire.

Appel aux éleveurs

Je vais encore me répéter mais bon nombre d’éleveurs détiennent ces oiseaux. Pensez à échanger vos jeunes ou cédez-les à d’autres amateurs !

Pour les frontaliers, il y a de nombreux éleveurs en Europe : essayez d’entrer en contact avec eux et échangez afin de constituer des souches solides, sans problème de consanguinité.

La devise : « Élever pour ne plus prélever – La préservation pour passion » est de plus en plus d’actualité.

Afin de faciliter vos recherches et la communication avec les autres éleveurs européens, il faut savoir que l’ancien nom de l’Araguira rougeâtre (« Pinson à huppe rouge »), reste le
plus utilisé un peu partout.

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