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La Trichomonose du Canari

Bernard Tantart [© Pierre Channoy]

Bernard TANTART

Oiseaux du Monde n°325 – Mars 2015

N’oubliez pas la trichomonose !

Depuis que je fais des canaris, c’est à dire depuis plus de 14 ans, je fais systématiquement des traitements préventifs à des périodes bien définies dans mon année d’élevage. Et avant l’accouplement c’est une période qu’il est nécessaire de traiter.

À l’époque où j’ai commencé l’élevage, j’avais remarqué des signes bizarres sur certains oiseaux. Le premier signe était que l’oiseau cherchait à déglutir ou avait une gêne dans sa gorge. Le deuxième signe c’est que ces oiseaux n’avaient pas une forme excellente et à long terme, cela pouvait aboutir au décès.

Mon frère me conseilla à l’époque de consulter le vétérinaire le Dr LEMAHIEUX de Diskmuide en Belgique, grand spécialiste de colombophilie et ami de mon frère. J’ai donc apporté des oiseaux ayant ces symptômes. Le docteur regarda au microscope les prélèvements des fientes et ne trouva rien.

Ensuite il préleva de la glaire buccale pour la regarder au microscope. C’est avec un grand sourire qu’il me montra ce qu’il avait vu. Au travers du microscope je vis des petits triangles qui circulaient assez rapidement. Il me dit « Bernard, heureusement que tu m’as apporté des oiseaux vivants car je n’aurais jamais pu voir que tes oiseaux avaient la trichomonose ».

Symptômes oculaires de trichomonose chez le canari [© Bernard Tantart]

Je connaissais bien cette maladie, car à l’époque ou j’habitais la maison de mes parents, on traitait quasiment toujours les pigeons dès leur retour de concours, ou avant les accouplements. Il m’a dit que c’était impardonnable de ma part de ne pas traiter des oiseaux contre ce parasite. C’est ce que je fais 4 à 5 fois l’année maintenant.

La trichomonose est la maladie la plus fréquente chez le pigeon. Elle est causée par un parasite (Trichomonas columbae) de très petite taille, pourvu de flagelles dont les mouvements lui permettent de se déplacer. C’est un protozoaire, c’est à dire un organisme vivant unicellulaire, très mais très petit, bien en dessous du millimètre, pouvant s’associer en colonies.

Ils vivent exclusivement dans l’eau ou dans de la terre humide. Ils sont connus pour être responsables de nombreuses maladies telles que la malaria et certaines dysenteries telle que l’amibiase.

Il existe diverses souches de Trichomonas pouvant induire des problèmes de gravité variable.

Canari isabelle pastel rouge [© Guy Doumergue – El. Bernard Tantart – Gravelines 2013]

L’analyse du mucus de l’arrière-gorge, au microscope, permet de déceler la présence des Trichomonas : cette recherche doit se faire moins de 3 minutes après le prélèvement, sous peine de l’inactivation des trichomonas qui deviennent, dans ce cas, indiscernables : cela oblige à effectuer la recherche à partir d’oiseau vivant.

La presque totalité des pigeons sont porteurs de Trichomonas, sans pour autant présenter de symptômes maladifs : les Trichomonas ne deviennent dangereux qu’à la suite de circonstances favorisantes telles que la fatigue consécutive aux concours ou à l’élevage, l’humidité, la baisse de la résistance naturelle due à une autre maladie (infestation par les vers, coccidiose, salmonellose…).

La transmission se réalise surtout pendant le nourrissage, des parents porteurs aux jeunes, qui peuvent également être infectés au niveau de l’ombilic.
Une eau de boisson ou des grains régurgités, souillés par des Trichomonas, sont également des vecteurs courants.

Ce sont principalement les jeunes, de la naissance au troisième mois, qui sont atteints.

Les symptômes

Les symptômes apparaissent généralement vers le 10e jour : les fientes deviennent très liquides, avec amaigrissement et points blanc jaunâtres dans le bec, sur le palais, la face interne des joues, la langue ou au niveau de l’arrière-gorge.

Des trichomonas vus au microscope. Ces protozoaires se caractérisent par un flagelle (comme une queue) qui leur sert à se déplacer dans les milieux humides. [© Dr. Josef Reischig – http://commons.wikimedia.org]

Ces points peuvent confluer en amas solides qui gênent ou empêchent la déglutition ou la respiration, entraînant la mort.

La prolifération des Trichomonas peut aussi avoir lieu au niveau du foie, avec apparition de nodules jaunes.

L’intestin peut aussi être le siège de nodules, tout comme la région ombilicale.

Chez les adultes, l’un des premiers symptômes consiste en une production plus importante du mucus de l’arrière-gorge, gênant la respiration.

Bien que les adultes résistent plus facilement à la trichomonose au point de paraître en excellente santé, cette atteinte peut pourtant entraîner une baisse de forme très prononcée chez les pigeons voyageurs et les autres oiseaux : un simple traitement anti-trichomonas en cours de saison, peut permettre une étonnante amélioration des résultats et enrayer les pertes.

Le traitement

Compte tenu de l’existence quasi permanente des Trichomonas dans un élevage, il est prudent d’effectuer au moins deux traitements préventifs dans l’année : l’un au printemps, le second avant ou après la grande mue.

Le fait de traiter pendant la première moitié de la période de couvaison, est une excellente méthode puisque les reproducteurs seront exempts de Trichomonas durant le nourrissage de leurs jeunes, période excessivement délicate.

Le traitement préventif peut être conduit avec T*, poudre orale à base de dimétridazole, à administrer dans l’eau de boisson à raison de 4 cuillerées à café par litre d’eau, pendant 5 jours.

En période de fortes chaleurs ou de nourrissage il convient de compenser l’augmentation de l’abreuvement en réduisant la posologie d’autant, pour que la dose médicamenteuse ingérée reste à peu près constante : c’est la raison qui rend plus délicat l’emploi de l’A*, spécialité plus concentrée en dimétridazole que le T*… Mal contrôlée, une surconsommation d’eau de boisson trop dosée en médicament peut entraîner l’apparition de symptômes nerveux, heureusement réversibles et ne laissant aucune séquelle. C’est néanmoins ce produit que j’utilise l’A*.

Canari isabelle jaune intensif [© Guy Doumergue – El. Bernard Tantart – Gravelines 2013]

Le traitement curatif, entrepris lorsque la maladie est constatée, nécessite une durée de traitement de 7 jours. Son exceptionnelle innocuité (aucun effet secondaire n’a jamais été constaté et des doses correspondant à 32 fois la dose thérapeutique n’ont entraîné la mort d’aucun canari…) permet son emploi préventif :

Chez les canaris :

  • lors du sevrage, éventuellement, avant la première sortie.
  • avant l’accouplement, pendant la première moitié de la couvaison.

 

Retrouvez cet article et bien d’autres

dans la revue Les Oiseaux du Monde n°325 – Mars 2015
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