Édito par le Dr Pierre Chappe

Oiseaux du Monde n°384 – Février 2021
Pierre Chappe
Dr Vétérinaire

Le bien-être de nos oiseaux, ou comment redorer notre image

Dans moins d’un mois c’est parti, mes couples de canaris jaunes seront constitués. Chaque oiseau découvrira le partenaire attribué. Et soyons honnête, peu d’entre eux font les difficiles. Un canari qui refuse son partenaire quand la période de reproduction arrive est tout simplement un canari mal préparé.

C’est dans ce contexte que j’ai reçu un message de notre président Pierre CHANNOY qui me propose la rédaction de l’éditorial du prochain numéro de notre revue. Honoré par cette démarche, j’ai accepté avec grand plaisir. Ayant la double casquette d’éleveur de canaris et de vétérinaire, la préparation à l’élevage est un bon sujet pour faire appel aux deux compétences.

Pourtant, pour ma part, les jeux sont déjà faits à cette période de l’année, la préparation à l’élevage doit se faire tout au long de l’année et ne doit surtout pas être pensée dans les derniers instants. Elle ne doit pas non plus se résumer à tel ou tel produit miracle comme on m’en demande encore trop souvent. C’est un travail quotidien pour arriver à maintenir nos oiseaux en bonne santé et dans de bonnes conditions. Et c’est seulement si ces principes sont respectés tout au long de l’année que l’oiseau pourra se reproduire. Le bien-être de nos oiseaux est donc un pilier fondamental de la réussite en élevage. Ce bien-être passe avant tout par une alimentation adaptée, une hygiène des installations qui soit respectée et des paramètres d’ambiance tels que la photopériode et la température qui soient maitrisés.

Concernant l’alimentation, elle doit être équilibrée et variée. Ayant eu la chance d’observer les canaris sauvages sur leurs îles début 2019, je peux vous assurer que notre mélange de graines sèches est bien loin de leur quotidien. Il est essentiel de leur apporter quotidiennement des aliments frais telles que des plantes sauvages, de la verdure, des graines germées (qui sont bien plus nutritives que les graines sèches) voire plus rarement des fruits. De plus la composition du mélange de graines doit être adaptée et certaines graines comme la navette et l’avoine doivent voir leur pourcentage augmenter dans le mélange pour la période de reproduction. Avec cette « recette », nul besoin d’un arsenal de mélanges vitaminiques, il n’y en a pas dans mon élevage ! Une supplémentation en calcium reste néanmoins essentielle pour les femelles au moins pendant les deux semaines précédant la ponte.


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dans la revue Les Oiseaux du Monde n°384 – Février 2021

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Concernant la photopériode, elle est maitrisée électroniquement dans mon élevage par un variateur qui permet d’augmenter graduellement la durée du jour pendant deux mois pour arriver à 14 heures de lumière quotidienne pour la fin février. C’est un point essentiel de la physiologie des oiseaux, la durée du jour conditionne le développement de leurs organes reproducteurs, notamment le volume des testicules des mâles. Le bien-être des oiseaux est aussi conditionné par la qualité de la lumière qui doit si possible contenir des UV-A et B. En effet la majorité des oiseaux perçoivent les UV-A comme une couleur supplémentaire et cela s’avère très important pour exprimer pleinement leur comportement alimentaire et reproducteur. Comme le verre et le plastique filtrent les UV-A, tous les élevages en intérieur sont concernés par cette « carence » et des lampes ou tubes fluorescents existent pour palier à ce problème.

Canari jaune [El. Pierre Chappe]

Enfin, l’hygiène passe par une pièce suffisamment ventilée. Ma pièce d’élevage est dotée d’une ventilation par extraction de 150 m3 par heure. Une hygrométrie ne dépassant pas les 75% et une température qui passe de 12 à 16°C pour la période de reproduction. Les femelles seront enfin préparées en volière et par petits groupes et il est fondamental d’éviter la surpopulation pour qu’elles puissent se préparer dans de bonnes conditions. Plus le cheptel sera fractionné et les mesures d’hygiène respectées, moins les maladies apparaitront et se propageront facilement. Là encore, il faut absolument bannir les antibiotiques (le « blanchiment ») de vos méthodes de préparation. Les mâles quant à eux sont préparés en cage individuelle pour éviter les bagarres. A partir de 13 heures de lumière quotidienne, ils chantent à tue-tête toute la journée. Pour résumer une préparation réussie est une préparation mimant le mieux possible l’environnement naturel de l’espèce ou plutôt les conditions optimales qu’elle pourrait rencontrer dans la nature. C’est à mon avis un point essentiel pour le bien-être de nos oiseaux, trop souvent ignoré pour les espèces dites domestiques. Il ne viendrait pas à l’esprit d’un éleveur de Tisserins gendarmes d’essayer de les reproduire dans une petite batterie d’élevage blanc immaculé. Et c’est pourtant ce que nous faisons presque tous pour les canaris, les Estrildidés voire certaines perruches pour ne citer qu’eux.

Comme l’ont souligné bon nombre d’entre nous dans les éditoriaux précédents, notre passion de l’élevage des oiseaux subit de nombreux tumultes. Diminution du nombre d’adhérents, législation complexe et de plus en plus restrictive, voix des opposants à « l’oiseau en cage » de plus en plus nombreuses. Il ne faut à mon avis pas assimiler ces nouveaux courants de pensée à quelque chose de forcément délétère pour notre passion. Mais plutôt se réjouir de la prise de conscience collective que le bien-être animal est important et fondamental. Nous devons en tirer des leçons pour améliorer l’image de notre passion auprès du public.

Pierre Chappe dans son activité professionnelle.

N’est-ce pas normal qu’un public non averti soit perturbé de voir nos oiseaux exposés dans de si petites cages pendant les manifestations si on ne l’informe pas que ce ne sont évidemment pas leurs cages de vie ? Est-ce normal que nous élevions nos oiseaux dans des cages blanches alors que des études montrent (et ce n’est pas une surprise) qu’un Diamant de Gould passe plus de temps dans une partie de cage avec un fond vert si on lui laisse le choix qu’avec le fond blanc ? Pourquoi les éleveurs de canaris ne fournissent que trop peu de perchoirs naturels alors qu’un éleveur de chardonnerets, oiseau de la même famille, le fait presque systématiquement ? Ne devrait-on pas communiquer davantage sur le bien-être de nos oiseaux dans nos élevages ? Et proposer à nos éleveurs des formations sur la conception des volières, l’alimentation et les conditions de vie naturelles de chaque espèce élevée ? Ne devrait-on pas proposer plus d’occupations à nos oiseaux ? Pourquoi le faisons-nous d’avantage pour les Psittacidés et délaissons-nous les passereaux pour ce sujet ?

Bon nombre d’entre nous voyons notre passion sous le prisme de la compétition des concours et de la sélection de telle ou telle mutation. Nous en oublions parfois l’essentiel, nous élevons des oiseaux et avons comme obligation morale de tout faire pour leur confort et leur bien-être. De nombreuses pistes d’amélioration existent pour la modernisation de notre façon d’élever. Et c’est à mon avis ainsi que notre image s’améliorera. J’ai 32 ans et cela fait 19 ans que je suis inscrit à l’UOF : former de jeunes éleveurs et leur faire appréhender l’élevage des oiseaux différemment est essentiel. Les nombreuses initiatives de l’UOF pour la communication, la formation et la défense de nos intérêts vont dans ce sens et je ne peux que remercier notre bureau et notamment Pierre CHANNOY pour leur travail. Par ces quelques mots, j’espère avoir réussi à aiguiser votre regard critique, au service de notre passion.

Pierre CHAPPE
Docteur vétérinaire
Médecine et chirurgies des Nouveaux Animaux de Compagnie à Toulouse

3 Commentaires

    • Goursaud sur 16 février 2021 à 10 h 08 min
    • Répondre

    Super article, enfin un véto qui nous donne de bons conseils sur l’élevage des canaris, moi j’élève des Goulds ,je suppose que la préparation est identique. J’aimerais connaitre votre avis sur la période de reproduction en France, je crois que nous ne respectons pas la bonne période (pour mon compte personnel).
    Merci pour votre article, vite le prochain
    Cordialement

    • Polakowski Jean-Marc sur 17 février 2021 à 22 h 29 min
    • Répondre

    Cet éditorial est très intéressant à lire, et surtout, à comprendre que le bien être animal, en l’occurrence nos oiseaux, doit progresser dans le bon sens.
    C’est une priorité absolue dans nos élevages, je suis d’accord à 100 % avec son auteur !
    Merci à lui de nous indiquer la bonne et vraie direction à prendre.

    • Angel G sur 18 février 2021 à 10 h 24 min
    • Répondre

    Bravo et merci pour cet excellent article !

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