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Édito par Jean-Paul Glémet

Oiseaux du Monde n°376 – Avril 2020

Jean-Paul Glémet

Pour la deuxième fois je suis invité à écrire l’édito de notre revue. Un édito ce n’est pas rien, c’est une belle tribune lue par plus de 4000 personnes membres de notre fédération UOF mais aussi par bien d’autres au-delà de notre petit cercle puisque je milite pour une diffusion libre « urbi et orbi » des éditos. Les éditos de notre revue sont une belle richesse et montrent la diversité des caractéristiques et des approches des adhérents de l’UOF.

MAIS DE QUOI VAIS-JE VOUS PARLER ?

Reprendre mes mots de l’édito de 2014 bien que la majorité soit encore d’actualité ? Non. Vais-je à nouveau vous parler de la compétition en orniculture ? Oui c’est mon dada, oui c’est mon crédo, oui c’est encore un pilier fort et identitaire de notre fédération UOF même si avec près de 1000 compétiteurs occasionnels et environ 400 mordus, on est loin des chiffres d’il y a 30 ans. Mais aujourd’hui en France quelle fédération ornithologique peut se prévaloir du bilan suivant ? Nos clubs locaux, nos régions, nos clubs techniques. Ce sont 50 concours organisés chaque année sur l’ensemble du territoire et ce sont les trois seules expositions internationales officielles COM pour la France. Les éleveurs UOF, ce sont 80% des oiseaux français exposés au dernier championnat du monde, l’UOF c’est la quasi-totalité du travail de regroupement et de convoyage des oiseaux français vers le mondial du Portugal. L’UOF, c’est un corps de juges experts de plus de 100 juges de toutes les disciplines et c’est la représentation de la France dans les réunions d’experts internationaux. Oui, à l’UOF la compétition, c’est notre ADN. Il ne reste plus qu’à l’afficher encore plus clairement en créant comme cela existe dans toutes les fédérations sportives une « Équipe de France ». Nous le méritons et la nouvelle génération d’éleveurs compétiteurs qui commence à pointer le bout de son nez le mérite largement. Faisons-les rêver, rêvons avec eux et « Allez la France » !

MAIS DE QUOI VAIS-JE VOUS PARLER ?

De la création de l’UOF en 1984 avec sa structure articulée en 12 puis 13 et 14 régions, vous donner tous les détails ? Non ! En revanche, oui je vais vous dire l’énorme impact que cela a eu à l’époque, la dynamique que cela a créé, l’élan qui est venu du regroupement au sein de régions de clubs voisins venus d’horizons et d’histoires différents. Oui à l’époque les « régions ornithologiques » avaient un sens. Mais aujourd’hui ce n’est sans doute plus le cas pour la totalité de nos 14 régions. Dans certaines zones géographiques la « région ornithologique » n’apporte pas un plus à l’éleveur, c’est seulement perçu comme un échelon supplémentaire inutile et un surcoût financier. La situation de la France ornithologique n’est plus la même qu’il y a 35 ans, les réseaux sociaux sont passés par là, l’individualisme s’est aussi développé, certains préfèrent se regrouper par centres d’intérêt ou par spécialité d’élevage au niveau d’un pays voire à l’international. La structure club / région / fédération n’est plus le modèle unique à vénérer, on peut inventer d’autres schémas complémentaires. Notre fédération doit y réfléchir, on doit garder ce qui fonctionne bien, changer ce qui ne marche pas et qui freine notre évolution. Il faut libérer les énergies et les initiatives. Innovons !

MAIS DE QUOI VAIS-JE VOUS PARLER VRAIMENT ?

Je vais vous parler de ce qui nous unit tous. L’AMOUR.

L’amour des oiseaux bien sûr. Car ancien ou débutant, détenteur d’un seul oiseau de compagnie ou possesseur de centaines de sujets. Jeune enfant ou vieux briscard, lequel ou laquelle d’entre vous ne perd pas la notion du temps quand il contemple un oiseau ? Lequel ou laquelle d’entre vous n’est pas ému quand il voit un oisillon sortir de sa coquille ? Lequel ou laquelle d’entre vous ne lève pas la tête vers un rebord de fenêtre lors d’une promenade en ville quand il entend le chant d’un canari ou d’une perruche ? Lequel ou laquelle d’entre vous ne cherche pas à suivre du regard l’envol d’un oiseau dans une haie, dans un champ ou en plein ciel ? Lequel ou laquelle d’entre vous ne cherche pas à repérer et à identifier l’espèce quand il entend un chant d’oiseau dans son jardin, sur un toit en ville ou lors d’une promenade en forêt ? Oui nous avons tout cela en commun, c’est au plus profond de nous. Surtout ne le perdons pas.

En ces temps troublés, confrontés à l’angoisse créée par la crise sanitaire du Covid19 et à la situation inédite d’un confinement, heureusement que nous avons les oiseaux. Tous les oiseaux bien sûr mais surtout nos oiseaux de compagnie. Avec eux, grâce à eux, nos esprits s’évadent et nous oublions nos soucis pour quelques instants magiques. Merci à nos petites boules de plumes.

 

Retrouvez cet article et bien d’autres

dans la revue Les Oiseaux du Monde n°376 – Avril 2020
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En contrepartie nous devons à nos animaux favoris bien des choses. Nous nous devons d’être des éleveurs responsables.

Cela commence bien sûr par n’avoir en notre possession que des oiseaux issus d’élevage. Cela va de soi et cela fait déjà bien longtemps que nous ne possédons plus aucun oiseau capturé dans la nature de quelque continent que ce soit. Cet élément est une évidence pour nous les éleveurs mais pas forcément pour le grand public. Tout oiseau qui est chez nous est soit né chez nous soit né chez un autre éleveur. Règle n°2 : offrir à nos oiseaux les meilleures conditions de vie possibles par rapport aux besoins spécifiques de l’espèce ou de la race. Nous avons conscience de la nécessité du bien-être animal. Cela concerne l’alimentation, l’habitat et bien sûr l’hygiène et les soins. D’où le rôle de notre fédération UOF, de ses clubs et de ses adhérents dans la recherche puis la diffusion des informations les meilleures possibles aussi bien en interne que vis-à-vis du grand public. En cela nos expositions-présentations d’oiseaux mais aussi nos expositions-concours sont des outils de diffusion d’informations. Même si en exposition les oiseaux sont confinés dans des volumes restreints il faut bien faire savoir que cela est temporaire et que d’ordinaire nos oiseaux bénéficient de conditions de vie bien meilleures. Il est aussi de notre devoir d’œuvrer à la réduction de la durée des manifestations : 72 à 96 heures maximum. Nous devons aussi collectivement travailler pour améliorer les conditions de vie des oiseaux de compagnie et condamner sans état d’âme les « mauvaises pratiques » dont nous pourrions avoir connaissance.

Et comme nous avons l’amour des oiseaux en général, il nous revient aussi, à nous les éleveurs, d’être d’ardents défenseurs des oiseaux de la nature

Nous nous devons d’être au côté des autres amoureux et protecteurs des oiseaux. Dans les statuts de l’UOF de 1984 et encore actuellement il est spécifié que l’un des buts est « la sensibilisation de ses membres à la protection de l’environnement, de la faune et de la flore ». Dans les statuts de nos clubs locaux nous avons souvent une allusion à la « protection des oiseaux utiles à l’agriculture » ou des formules proches. Dès sa création l’UOF a agi en faveur de la protection : qui sait encore qu’en Bretagne nous avons un centre de sauvegarde des oiseaux mis en place après une « marée noire » ? Qui se rappelle les superbes stands protection présentés notamment lors du mondial de Reims, du matériel pédagogique et des conférences faites dans les écoles ? Oui tout cela a déjà été fait mais je suis heureux de voir qu’un nouvel élan est donné depuis 2019 et qu’une composante « UOF protection » vient de voir le jour avec ses propres statuts et sa propre équipe. Aidons et soutenons l’action d’UOF protection !

Nous ne nous renions pas : nous sommes éleveurs naisseurs d’oiseaux de compagnie et en même temps nous participons ou soutenons des actions visant à sauvegarder l’avifaune sauvage. Il n’y a pas d’opposition mais au contraire une complémentarité. Agissons individuellement ou collectivement pour la protection et/ou soutenons tous ceux qui dans l’UOF ou dans des associations de protection autres œuvrent pour la sauvegarde de l’avifaune et de la nature en général.

Canari satiné rouge mosaïque femelle championne de France [© Guy Doumergue – El. Jean-Paul Glémet – 2012]

N’oublions pas que dans le sigle UOF le « U » veut dire « Union ». Je souhaite que cette union soit celle de toutes les bonnes volontés, que cette union prévale sur les rivalités ou oppositions d’opinions et surtout de personnes.

Militons pour l’AOAH, sigle pour « Amour des Oiseaux, Amitié entre les Hommes ».

Je dédie cet éditorial à Jacques Faivre car à lui seul Jacques englobait tous ces aspects : éleveur de grande compétence, responsable associatif présent à la naissance de l’UOF des régions en 1984 et qui récemment militait lui aussi pour un changement de structuration de l’UOF, compétiteur bien sûr mais surtout juge expert renommé, connaisseur hors pair des oiseaux de la nature, ardent défenseur de l’élevage d’oiseaux de compagnie (c’est lui qui a négocié avec les ministères le statut de l’oiseau domestiqué), humaniste qui par sa gentillesse et son sens du contact humain savait faire le lien entre les Hommes. Pour perpétuer sa mémoire, la promotion de février 2019 des nouveaux juges CNJF porte le nom « promotion Jacques Faivre ».

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