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Écoutez vos malinois

G.P. MIGNONE

 Oiseaux du Monde n°336 – Avril 2016

[© damedeeso – 123rf.com]

Pourquoi l’écoute du chant occupe-t-il une sorte de place privilégiée parmi toutes les méthodes sélectives ? Il y a à cela beaucoup de raisons.

  • La première raison qu’un éleveur doit tirer c’est qu’il faut connaître, ou mieux qu’il faut savoir évaluer (pas juger selon la fiche de points) le chant du canari Malinois pour devenir un vrai éleveur, et cela sera relativement facile pour peu qu’on possède l’oreille musicale, mais il faut avoir une longue préparation.
  • Deuxième raison : il est permis de dire que de deux éleveurs commençant l’élevage avec des sujets d’égale valeur, ce sera celui qui est le plus familiarisé avec les subtilités du chant qui obtiendra les meilleurs résultats.
  • Troisième raison : il saura mieux choisir en vue de l’accouplement et surtout en vue du talent, les oiseaux qui se complètent ou dont le chant s’harmonise le mieux entre eux, et ceux qui démontrent surtout le plus haut talent.

Choisir d’élever des Canaris de chant tels que les malinois implique obligatoirement l’apprentissage de l’écoute pour l’éleveur…
[© Sylvain Chartier – El. Jean Hassenfratz – Castres 2012]

Mais pourquoi une longue préparation est-elle nécessaire pour habituer l’oreille à une rigueur parfaite, qui, semble-t-il devrait s’imposer naturellement à tous les bons éleveurs ?

C’est là un problème bien digne d’être médité, puisque comme j’ai déjà dit il est lié aussi au talent de chaque chanteur Malinois ; personne n’ignore que le talent c’est un fait expérimental et pratique, et qu’il occupe une sorte de place privilégiée parmi tous les facteurs sélectifs.

D’ailleurs, si on étudie le chant on ne doit pas s’arrêter à la forme grossière des tours, mais à celle qui seule peut satisfaire un éleveur exercé. Pour y arriver, il faut nécessairement remonter du particulier au général, en gravissant un ou plusieurs échelons et surtout en écoutant des très bons chanteurs.

Notre hobby sera plus beau si les amateurs peuvent discuter entre eux concernant le chanteur au lieu de discuter la fiche.

On appelle évaluation du chant l’ensemble général des sensations acoustiques. Ce sera quelque chose d’analogue à l’harmonie des musiciens ; ce ne sera cependant pas tout
à fait la même chose.

Stand du Club technique malinois au Salon de l’agriculture 2016 tenu par Domingos Fail son nouveau président (à droite) avec l’aide d’un de ses membres.
[© Pierre Channoy]

Nous ne pouvons pas dire que notre évaluation soit satisfaisante quand nous ne n’arrivons pas à distinguer les éléments de chant voisins (voyelles et consonnes). Notre appréciation est alors entourée d’une sorte de brouillard, alors que c’est l’ensemble des sons que nous devons recueillir. Si l’on veut me permettre une comparaison, nos évaluations de consonnes seraient comme des nébuleuses tandis que les voyelles seraient comme des étoiles. Je vais en donner un exemple.

Les coups d’eau (en flamand : waterslags) sont l’âme du chant Malinois, à côté des sons métalliques et des flûtes. Ils sont indiqués soit en français soit en flamand par deux simples mots : water (eau) et slags (coups). Le mot waterslagers signifie donc tirades de coups d’eau, mais pas dans tous les trois, à l’exception du bouillonnant les consonnes doivent ressortir le plus doucement possible, au contraire des sons métalliques, afin que leurs voyelles puissent être émises d’une façon souple. Pourquoi ?

[© Sylvain Chartier – El. Georges Maquestiaux – Les Herbiers 2014]

Parce que si les consonnes tintent fort, le tour fait mauvaise impression ; il est impossible pour l’oiseau d’émettre une ou plusieurs voyelles doucement et à la fois une ou plusieurs consonnes vibrantes. Nous le verrons plus avant en parlant des souches ou mieux des directions de chant. Je veux donc dire aux lecteurs qui s’efforcent à pénétrer les secrets du chant Malinois de se forcer à entendre, par exemple, une succession de « Kloui… », c’est à dire un coup d’eau tinté, plutôt comme une succession inverse, c’est à dire de « Ouikl » où la consonne « k ›› et surtout la consonne « I » sont à peine perceptibles.

En résumé, il faut modifier la liaison des consonnes et des voyelles afin de laisser pénétrer au mieux dans le chant les tirades de coups d’eau qui doivent donner le sentiment d’entendre de l’eau pour être appréciées entièrement.

Et venons aux chanteurs. Il ne suffit pas qu’un chanteur ne chante pas des tours faux, mais il faut aussi qu’il ne dissimule pas des tours recherchés. Il doit donc chanter lentement et sans interruption. On ne doit jamais écarter un tel oiseau quand l’occasion s’en présente, face à un autre au chant rapide, sans interruption riche de 8 à 9 expressions différentes, mais sans être assez « larges et claires ».

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