Une bactérie à l’origine d’une mortalité anormale chez les Mésanges bleues

L’agent pathogène à l’origine de ce phénomène est Suttonella ornithocola, une bactérie de la famille des Cardiobacteriaceae. Elle avait déjà été identifiée responsable de plusieurs évènements de mortalité de mésanges au Royaume-Uni en 1996 et 2011, puis en Finlande au printemps 2017 et en Allemagne en 2018.

Mésange bleue – Tom Meaker – 123rf

Jean-Marc Chavatte, du Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (qui dépend du Muséum National d’Histoire Naturelle, écrit le 27 avril 2020 :

« Les premiers cas suspects de mortalité chez les mésanges bleues en Allemagne ont été notés durant la première quinzaine du mois de mars. L’épidémie a ensuite progressé et vient brusquement de s’accélérer. En effet, les notifications d’oiseaux malades et morts au NABU (via un formulaire électronique dédié) continuent de grimper et sont passées d’un total de 8000 entre Mars et Pâques, à 15000 le 15/04, puis 20000 le 17/04 et 26000 le 21/04. En parallèle, l’épidémie s’étend géographiquement et il y a maintenant des cas confirmés en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg ».

Les symptômes de cette infection sont variables et non-spécifiques : signes de type pneumonie avec difficultés respiratoires, nécroses pulmonaires multiples, oiseaux prostrés et léthargiques, plumage gonflé, perte du réflexe de fuite, arrêt de l’alimentation, atteintes oculaires. Ces symptômes se manifesteraient chez les spécimens présentant une forme avancée de la maladie, fatale en peu de temps. Le diagnostic de cette maladie est difficile : il est réalisé presque uniquement sur des oiseaux post-mortem, mais Suttonella ornithocola demande des conditions de culture exigeantes en laboratoire, d’où la mise en place de tests moléculaires pour confirmer la présence de la bactérie. Les scientifiques connaissent d’ailleurs très peu de choses à son sujet :

  • Quel mode de transmission ? La transmission aérosol semble privilégiée…
  • Existence d’une saisonnalité ? Le printemps semble être un élément commun à toutes les précédentes observations …
  • Durée de survie dans l’environnement ? Elle est inconnue…

La bactérie ne toucherait presque exclusivement que les Mésanges bleues, mais d’autres espèces de Paridae et d’Aegithalidae peuvent être infectées avec cas de mortalité confirmée chez les Mésanges noires, Mésanges à longues-queues et Mésanges charbonnières. Elle toucherait principalement les mâles, peut-être affaiblis par la saison des amours à cette période de l’année.

Cette bactérie n’a jamais été détectée chez les mammifères (homme compris) ou d’autres types oiseaux, elle n’est donc pas considérée comme pathogène potentiel pour l’homme. Attention malgré tout à éviter tout contact ou toute manipulation d’oiseaux morts ou symptomatiques (ne serait-ce à cause d’autres agents pathogènes possibles).

Jean-Marc Chavatte conclut :

« L’ampleur de l’épidémie sévissant actuellement en Allemagne est surprenante puisque jusqu’ici Suttonella ornithocola n’avait entrainé que des épisodes épidémiques limités. La situation semblant se détériorer, afin de limiter la transmission, il est impératif d’éviter tout rassemblement et concentration d’oiseaux. Le seul moyen d’agir est donc de stopper tout nourrissage dans les jardins au printemps/été, et d’enlever les mangeoires et abreuvoirs. Si vous observez une mortalité anormale de Mésanges bleues en France, signalez-le au réseau de surveillance épidémiologique de la faune sauvage (SAGIR) ».

L’UOF (COM France) invite ses membres à rester vigilants et en cas de mortalités suspectes :

  • d’arrêter tous nourrissages complémentaires des oiseaux sauvages
  • d’avertir le réseau de surveillance épidémiologique de la faune sauvage (SAGIR)

Équipe du réseau

Responsable scientifique : Anouk Decors
Correspondant FNC : Eva Faure

ONCFS

Réseau SAGIR
SAINT-BENOIST – BP 20
78612 LE PERRAY EN YVELINES
Tél. : 01.30.46.60.24
Fax : 01.30.46.60.99
sagir@oncfs.gouv.fr

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