Arrêté espèces envahissantes à la Réunion, l’UOF donne le ton.

L’UOF (COM France) a pris connaissance du projet d’arrêté relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces animales exotiques envahissantes sur le territoire de la Réunion. Notre fédération se réjouit de la prise en compte des risques encourus par les populations autochtones d’oiseaux par l’introduction volontaire ou involontaire d’espèces étrangères. Ceci étant, nous restons vigilants sur la nécessaire cohérence d’une telle réglementation qui doit s’appuyer sur des faits scientifiques et des études sérieuses afin de ne pas céder au dogmatisme.

Cet Inséparable de fischer (ici en mutation turquoise) deviendrait entre autres persona non grata sur l’île de la Réunion [© Christian Chalendar – El. Cédric BUB – Palavas 2019]

Le projet d’interdiction de détention concerne de nombreuses familles d’oiseaux (Estrildidés, Fringillidés, Agapornidés dont certains reconnus comme domestiqués) pour lesquelles aucune étude sérieuse liée à leur impact sur la faune réunionnaise n’a été initiée et/ou fournie. Ainsi, comment accepter que des Agapornis roseicollis et fischeri puissent être conservés alors que les autres Agapornis sont réputés pour être plus fragiles et difficiles d’acclimatation ? En admettant que ces espèces s’acclimatent sur l’île, quels sont les risques réels pour la faune locale ? A ce jour, rien n’est venu prouver que ces espèces viendraient supplanter des espèces locales que ce soit en termes de site de reproduction ou d’accaparement des ressources alimentaires. L’exemple de la Perruche calopsitte laisse encore plus songeur alors que l’espèce est originaire de contrées arides et qu’elle préfère les milieux secs…

Pour être parfaitement cohérent et dans un souci de préservation des espèces d’oiseaux endémiques, il aurait été nécessaire d’interdire un prédateur domestique, sympathique, mais combien féroce : le chat !

Si des réunions ont été organisées avec des associations locales, aucune concertation avec les représentants nationaux des éleveurs, ni consultation de la commission nationale faune sauvage captive n’a été initiée.

Après discussion avec nos adhérents réunionnais, ceux-ci expriment leur plus grande inquiétude sur le devenir des oiseaux détenus que leurs propriétaires devraient déclarer dans un délai maximum de 6 mois après la date de parution de l’arrêté. Les éleveurs désirant conserver leurs oiseaux jusqu’à leur mort devront leur empêcher toute reproduction puisque celle-ci sera désormais interdite.

Un point important n’a pas été abordé : dans certains cas, le remède risque d’être pire que le “supposé mal”. Il existe un risque réel d’abandons massifs d’oiseaux que leurs propriétaires pourraient lâcher dans le milieu naturel afin d’éviter les lourdes contraintes administratives auxquelles ils seront confrontés pour conserver leurs oiseaux. Nous risquons donc d’avoir une mesure contreproductive alors que l’idée initiale est parfaitement louable.

Les surplus d’élevage ne pourront pas être placés comme oiseaux de compagnie auprès de nouveaux acquéreurs, ceux-ci devant préalablement à toute acquisition être titulaires d’un certificat de capacité et d’une autorisation d’ouverture d’établissement, lorsque l’on connait le parcours pour obtenir ces autorisations il n’est même pas envisageable d’y penser.

Dans l’ensemble, l’UOF (COM France) estime donc que le projet d’arrêté est prématuré et nécessite une étude réelle des risques encourus par les espèces locales face à l’introduction des espèces reprises dans les listes annexées. A minima, les espèces fréquemment rencontrées en élevage ne devraient pas être interdites sauf à prouver leurs effets négatifs sur les populations autochtones.

En conclusion, nous ne pouvons que délivrer un avis très défavorable à ce projet d’arrêté.

Ce communiqué a été adressé au ministère de l’écologie.

Vous trouverez ici le lien vers la consultation publique pour cet arrêté où nous vous invitons à manifester votre opinion.

Pierre CHANNOY

Président UOF (COM France)

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